Pendant onze jours, le Pays Basque va changer d’air. Du 8 au 18 octobre, la 13ᵉ édition de Haizebegi fera circuler musiques, récits, savoirs et cultures entre Bayonne, Anglet et Labastide-Villefranche. Mais le festival n’entend pas seulement aligner les concerts : fidèle à son identité « Art · Science · Société », il cherche à comprendre ce que la musique produit dans le monde réel. Comment transmet-elle une mémoire ? Comment crée-t-elle du lien ? Comment résiste-t-elle à l’effacement ? Et comment peut-elle ouvrir de nouveaux espaces communs ?
Cette année encore, les réponses viendront de loin. De la Castille-La Manche, d’abord, avec Vigüela, formation emblématique des musiques traditionnelles espagnoles. Jotas, seguidillas et fandangos constituent la matière première d’un répertoire que Juan Antonio Torres et Carmen Torres travaillent depuis les années 1980 comme un patrimoine vivant. Pour Haizebegi, ces musiques rencontreront la danse de Sara Cano, dont le travail se situe à la croisée du flamenco, du folklore et de la danse contemporaine.
Sonidos de la Mancha – El Baile, la Voz y el Viento fera ainsi dialoguer instruments, voix et mouvements. Car pour Haizebegi, une tradition ne reste vivante qu’à condition de pouvoir se transformer.
Quand le chant devient mémoire
Cette question prendra une dimension particulièrement forte avec le grand temps fort consacré au peuple yézidi. Douze ans après les crimes commis par Daech dans le Shengal, reconnus par les Nations unies comme constitutifs d’un génocide, le festival donnera la parole aux survivants et aux artistes, mais aussi aux chercheurs, juristes et acteurs engagés auprès des populations yézidies.
L’enjeu dépasse même le devoir de mémoire. Il s’agit de comprendre comment une communauté continue de faire vivre son identité loin de sa terre, à travers ses chants, ses récits, ses danses et ses pratiques culturelles. Chercheurs du CNRS, de l’EHESS, des universités de Mossoul et Manchester, du Centre Marc Bloch de Berlin ou encore de l’Institut Convergences Migrations croiseront ainsi leurs regards avec ceux qui portent cette mémoire au quotidien.
Avec Nobody’s Listening, cette histoire prendra également une forme immersive. Réalité virtuelle, photographie et œuvres d’artistes yézidis permettront d’entrer dans les récits des survivants. Mais Haizebegi refuse de réduire cette culture à la tragédie. Cuisine, création artistique, chants, danses et convivialité occuperont aussi une place centrale, jusqu’au grand repas yézidi partagé à la Cité des Arts.
Sur scène, Hussein Lawand et Julen Achiary feront résonner chants épiques yézidis et kantu zaharrak de Soule. Deux traditions éloignées par la géographie, mais rapprochées par une même nécessité : faire vivre ce que l’histoire menace de faire disparaître.
La musique comme laboratoire du lien
Autre fil rouge du festival : MusiKautisme, projet lancé par Haizebegi en 2020. Cette démarche transfrontalière réunit en 2026 trente-deux jeunes autistes, leurs familles, les professionnels qui les accompagnent et des musiciens. L’objectif n’est pas de présenter la musique comme une thérapie, mais comme un espace d’expression, de rencontre et de relation.
À l’occasion de la Fête de la Science, chercheurs, professionnels de santé, éducateurs, familles et artistes confronteront leurs expériences autour d’une question simple en apparence : « Autisme : comment la musique change une vie ? » Parmi les invitées figurera Pamela Heaton, professeure émérite de psychologie à Goldsmiths, University of London et spécialiste internationale des relations entre musique et autisme.
Les jeunes musiciens de l’IME Le Nid Basque prolongeront cette expérience en rencontrant notamment les artistes de Vigüela. Ici, le laboratoire n’est plus seulement scientifique : il devient humain.
La création basque en lumière
Haizebegi regarde aussi vers sa propre terre avec Haizebegigazte (gazte signifie jeune en basque). En partenariat avec Musikene, le festival accueille le Paipe Duo, formé du saxophoniste Pablo Mira et de l’accordéoniste Pedro Rolao, lauréats du Concours international de musique de chambre de Musikene.
La création PAUSE, portée par Xabier Zeberio et l’Alos Quartet, illustrera cette volonté de faire dialoguer héritage et modernité. Autour du nyckelharpa, instrument traditionnel suédois, le musicien rencontre l’écriture contemporaine tandis que l’orchestre à cordes des élèves du Conservatoire Maurice Ravel Pays Basque rejoint le projet. La présence de ces jeunes musiciens inscrit également cette création dans une logique de transmission.
La fête yézidie donnera finalement le ton d’une clôture qui choisit la vie plutôt que la seule mémoire de la destruction. Et c’est encore par la musique que Haizebegi refermera son édition avec Rusan Filiztek & Friends.
Originaire de Diyarbakır, le musicien kurde a consacré une partie de sa vie à explorer les traditions musicales de Syrie, d’Iran et d’Irak, mais aussi les cultures araméennes, alévies, arméniennes et chrétiennes d’Orient. Son parcours l’a conduit jusqu’à Orpheus XXI avec Jordi Savall et au cinéma de Tony Gatlif dans Djam. Son langage musical s’est depuis enrichi de rencontres avec le flamenco, les musiques irlandaises et d’autres traditions.
Pour l’événement, il réunira musiciens yézidis, kurdes et andalous, notamment Hussein Lawand et le danseur Juan Golan Elibeg, pour Exils : de la Mésopotamie à l’Andalousie. Une dernière traversée qui résume à elle seule l’esprit du festival : faire voyager les traditions plutôt que les enfermer, transformer les héritages plutôt que les figer.
Sébastien Soumagnas
Vivez Haizebegi de l’intérieur. Et si cette année vous passiez de l’autre côté du festival ?
Pour sa 13ᵉ édition, Haizebegi recherche des bénévoles pour rejoindre l’aventure du 8 au 18 octobre, à Bayonne, Anglet et Labastide-Villefranche. Accueil et orientation du public, billetterie, diffusion des programmes, accueil des artistes, installation, signalétique ou encore participation aux temps conviviaux : chacun peut donner un peu de son temps selon ses envies et ses disponibilités.
Pas besoin d’expérience : l’envie de participer, de rencontrer du monde et de découvrir les coulisses d’un festival suffit. Pour rejoindre l’équipe




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