Et non, même si de prime abord vous pourriez y penser, Aqualande n’a rien à voir avec un parc d’attractions aquatiques, même si l’eau est au cœur de son histoire. Depuis 1981, quelques pisciculteurs landais ont transformé une ressource très locale en une filière industrielle et coopérative devenue européenne. À Roquefort, l’aventure commence avec l’eau, passe par les œufs, les poissons et les fumoirs, et finit dans les assiettes.
Au commencement il y avait l’eau
Lorsque huit entrepreneurs créent en 1981 la Coopérative des Aquaculteurs Landais, leur idée est d’utiliser les ressources en eau du secteur pour créer une activité économique et contribuer à revitaliser la Haute-Lande.
La qualité et la quantité de cette ressource ont constitué des conditions essentielles au développement de la pisciculture landaise. D'ailleurs, aujourd’hui encore, l’eau demeure au cœur du modèle. Aqualande explique que, dans ses piscicultures, l’eau traverse les bassins avant de retourner à la rivière, avec le maintien d’un débit réservé.
Mais le groupe distingue cette utilisation de celle de ses sites de transformation, qui consomment notamment de l’eau pour leur nettoyage. À Roquefort et Sarbazan, une quarantaine de compteurs permettent ainsi de suivre les consommations des installations.
En quarante-cinq ans, l’idée des pionniers a changé d’échelle. Aqualande s’est progressivement organisé autour d’une filière complète : sélection génétique, reproduction, production d’œufs, écloseries, élevage, transformation, fumage et commercialisation. Une production maîtrisée de A à Z. En route ! Suivez le guide.
Avant le poisson, il y a l’œuf
C’est probablement l’un des aspects les plus méconnus de cette activité. À Roquefort, Aqualande Origins assure une partie du travail réalisé bien avant que la truite ne rejoigne les bassins d’élevage.
La sélection porte notamment sur les performances d’élevage, la résistance aux maladies, la qualité de la chair, la morphologie ainsi que le nombre et la taille des œufs. L’objectif est de sélectionner des poissons adaptés aux conditions d’élevage, tout en tenant compte de leurs performances et de la qualité recherchée.
Le centre de sélection est isolé géographiquement et sanitairement des autres sites du groupe afin de limiter les risques de transmission. Selon les données communiquées par Aqualande, le groupe produit chaque année environ 220 millions d’œufs embryonnés et 90 millions d’alevins.
Avant d’arriver dans l’assiette, la truite a donc déjà connu plusieurs étapes de sélection et de reproduction.
De l’eau au poisson
Une fois les œufs et les alevins produits, le parcours se poursuit dans les piscicultures du groupe. Aqualande annonce aujourd’hui plusieurs dizaines de fermes aquacoles et huit centres consacrés à la sélection et à la reproduction.
Le réseau dépasse largement la Haute-Lande et s’étend notamment dans les Pyrénées-Atlantiques, l’Aveyron et même en Espagne. Le groupe s’est notamment développé au-delà des frontières françaises avec l’acquisition de plusieurs piscicultures espagnoles en 2017 et 2018.
Le principe reste cependant le même, à savoir élever le poisson avant de l’orienter vers les différents débouchés de la filière. Cette maîtrise des étapes constitue l’une des particularités revendiquées par Aqualande, qui met en avant la qualité, la traçabilité et le suivi des pratiques d’élevage.
De la pisciculture au fumoir
Une autre partie de l’histoire s’écrit à Roquefort et à Sarbazan, dans les ateliers de transformation. La fumaison remonte à 1994, avec la création d’une nouvelle unité à Roquefort. En 2006, une usine dédiée de 4 300 m² est mise en service à Sarbazan, avant plusieurs agrandissements.
La truite y change de forme et de destination. Elle est préparée, salée, fumée, parée, tranchée puis conditionnée. Le produit peut ensuite rejoindre les rayons de la grande distribution, la restauration ou d’autres marchés.
Aqualande commercialise notamment ses produits sous les marques Ovive et Landvika, mais produit également pour les marques de distributeurs.
Le groupe se présente aujourd’hui comme le premier producteur européen de truites et de truites fumées. Il revendique également environ 60 % du marché français de la truite fumée selon les données actuellement mises en avant.
Une filière qui fait travailler tout un territoire
Derrière le poisson fumé se trouve une succession de métiers et de compétences. Le groupe indique employer plus de 1 000 collaborateurs à l’échelle de ses différentes activités. Pisciculteurs, responsables d’élevage, techniciens, opérateurs agroalimentaires, spécialistes de la qualité, de la maintenance, de la recherche et développement ou encore de la commercialisation participent à cette chaîne qui commence avec la reproduction et se termine avec le produit commercialisé.
Les ateliers de transformation représentent à eux seuls plus de 600 emplois selon les données communiquées par Aqualande.
L’histoire économique du groupe reste ainsi liée à son histoire territoriale : une activité imaginée au départ par des pisciculteurs pour contribuer à la revitalisation de la Haute-Lande est devenue une filière industrielle structurée autour de nombreux métiers.
Une coopérative devenue groupe européen
La Coopérative des Aquaculteurs Landais demeure au cœur de cette organisation. Aqualande indique que ses pisciculteurs sont adhérents de la coopérative et que celle-ci rassemble 48 sites piscicoles.
Le modèle associe donc une organisation coopérative à des activités industrielles qui couvrent désormais l’ensemble du parcours du poisson. Cette intégration permet au groupe de maîtriser une grande partie de la chaîne, depuis la sélection des reproducteurs jusqu’à la transformation et à la commercialisation.
Et cette chaîne ne s’arrête plus aux Landes.
Aqualande possède aujourd’hui des activités dans plusieurs territoires français et en Espagne. Le groupe revendique plus de 40 ans de savoir-faire, plusieurs dizaines de fermes aquacoles, huit centres de sélection et reproduction, environ 90 millions d’alevins produits chaque année et cinq sites de transformation et de conditionnement.
Les données communiquées actuellement par Aqualande font également état de plus de 160 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Une histoire d’eau devenue européenne
Si vous nous avez suivi jusque là, le paradoxe d’Aqualande tient finalement en quelques kilomètres et quelques décennies. Le siège du groupe est toujours installé à Roquefort, mais l’entreprise a depuis franchi les frontières.
L’eau reste pourtant au cœur des interrogations de la filière. Aqualande travaille notamment sur le suivi de ses consommations, ses rejets et ses performances énergétiques. Le groupe indique que ses installations de transformation ont réduit leur consommation d’énergie et que plusieurs sites sont équipés de panneaux photovoltaïques.
L’entreprise a également engagé depuis plusieurs années une démarche RSE, avec une première évaluation selon l’ISO 26000 réalisée en 2011.
Ainsi, de l’eau à l’œuf, de l’œuf à l’alevin, de l’alevin au poisson, du poisson au fumoir et du fumoir à l’assiette... en quarante-cinq ans, Aqualande a remarquablement construit une filière dont le point de départ reste profondément landais, mais dont l’échelle est désormais européenne.
Sébastien Soumagnas



Aqualande DR

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