C’est à la suite d’une déclaration de la ministre de l’Agriculture qu’ils ont réagi énergiquement, via une tribune dans la presse. En effet, Annie Genevard a évoqué publiquement la nécessité d’augmenter la taille critique des exploitations au nom de la compétitivité.
« Ne nous trompons pas de combat : la compétitivité seule est un mirage ; la santé et la souveraineté, elles, sont des questions de survie » alertent les chefs étoilés.
Pour eux, le constat est clair : « les fermes à taille humaine, engagées dans des pratiques durables, produisent mieux, retiennent plus de valeur localement, et transmettent quelque chose d’essentiel que les grandes structures industrielles ne peuvent offrir ». Or, 40.000 « petites » fermes ont disparu entre 2022 et 2025, un agriculteur sur deux qui partira à la retraite d’ici à 2030 n’aura pas de relève.
« À vouloir rendre nos exploitations plus compétitives en les agrandissant et en les mécanisant à l’extrême, on les rend tout simplement intransmissibles. L’héritier potentiel, face à des charges d’investissement colossales et à une dette foncière inextricable, renonce. La ferme disparaît. Et avec elle, un savoir-faire, un terroir, une diversité que nulle politique de compétitivité ne reconstituera ».
Globalement, la tendance est inquiétante : en 2025, pour la première fois depuis près de 50 ans, la balance commerciale agroalimentaire de la France est passée en territoire négatif. Un pays qui fut longtemps le premier exportateur agricole d’Europe, qui affichait encore un excédent de plus de huit milliards d’euros en 2021, a vu ce solde s’effondrer. Selon les données du service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste), l’excédent agroalimentaire français a atteint son plus bas niveau depuis la fin des années 1970.
Les signataires de la tribune avancent deux propositions concrètes. Tout d’abord, ils prônent la création d'un Fonds foncier national qui serait abondé par l'épargne citoyenne. Il pourrait permettre d'aider les jeunes agriculteurs ou ceux qui connaissent des difficultés. Les chefs étoilés préconisent aussi une réduction d'impôt, fléchée vers des outils qui créent de la valeur à la ferme.
La France, qui célèbre sa gastronomie comme un patrimoine mondialement reconnu, est sous un triple risque : celui d’une approche politique qui décourage les paysans ; celui d’un modèle économique qui pousse à produire plus au détriment de la qualité ; et celui de la restauration bas-prix et de menus industriels impossibles à concurrencer.
Cette alerte, exprimée par nos meilleurs cuisiniers, a le mérite d’illustrer le paradoxe français : s’affirmant comme la patrie incontournable du goût et des terroirs, et revendiquant aussi sa part dans les marchés mondiaux (passant par une production intensive et une restauration industrielle).



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