Le 29 avril dernier, à Crealuz, à Saint-Jean-de-Luz, la filière des sports de glisse a pris un virage décisif. À l’initiative d’Ecologic, d’EuroSIMA et de l’UESC Nouvelle-Aquitaine, acteurs économiques, collectivités et structures de l’économie sociale et solidaire se sont retrouvés pour enclencher une dynamique collective autour d’un enjeu devenu incontournable : faire entrer la glisse dans la grande boucle de l’économie circulaire.
Dans un secteur longtemps habitué à suivre le courant d’un modèle linéaire, à savoir produire, consommer, jeter, l’heure est désormais à la transformation. Et pour amorcer ce changement de marée, rien de tel qu’un travail collectif, où chaque maillon de la chaîne accepte de revoir sa trajectoire.
Une filière qui apprend à faire des vagues… ensemble
De grandes marques aux acteurs publics, en passant par les recycleries et les lieux de pratique, tous avaient répondu présent. Cette diversité d’approches a permis de croiser les regards et d’éviter l’écueil d’une réflexion en silo. Ici, l’ambition est claire : faire circuler les idées autant que les matériaux.
Le format collaboratif, basé sur des ateliers et une méthodologie de mapping en trois dimensions, a permis de poser à plat les flux, d’identifier les points de friction et de faire émerger des solutions concrètes. « réunir les parties prenantes a pour vertu de favoriser les échanges et d’accélérer l’appropriation », souligne Amélie Montoriol, directrice de la filière ASL d’Ecologic.
Dans cette logique, la journée n’a pas seulement été un lieu de diagnostic, mais bien un espace de brainstorming, où les premières pistes d’actions ont commencé à prendre forme.
Car derrière les bonnes intentions, les volumes parlent d’eux-mêmes. Dans les Pyrénées-Atlantiques, près de 200 tonnes d’articles ont été collectées en 2025. À l’échelle nationale, des milliers de points de collecte parsèment déjà le territoire, dessinant les contours d’un réseau en pleine expansion.
Mais si la collecte progresse, le défi reste entier : transformer ces gisements en ressources. Le réemploi, estimé entre 25 et 40 tonnes dans la région, montre un potentiel réel, encore loin d’être pleinement exploité.
Les flux financiers associés traduisent eux aussi l’ampleur du chantier. Ils rappellent surtout que derrière chaque équipement usagé se cache une matière à valoriser, à condition de structurer les débouchés.
Le néoprène, talon d’Achille ou matière d’avenir ?
Au cœur des discussions, un matériau cristallise toutes les tensions : le néoprène. Indispensable aux sports de glisse, il est aussi l’un des plus complexes à recycler. Chaque année, des centaines de tonnes sont mises sur le marché, sans que les solutions de valorisation ne suivent au même rythme.
Les échanges ont mis en lumière un paradoxe : les consommateurs sont prêts à jouer le jeu du retour produit, les clubs offrent des gisements homogènes, mais les débouchés industriels restent insuffisants. Résultat, la vague de collecte risque de se briser faute d’infrastructures adaptées.
D’où la nécessité de changer de logique et de partir de la demande pour structurer l’offre. Autrement dit, créer des usages pour la matière recyclée avant même d’en augmenter les volumes.
Face à ces enjeux, une certitude s’impose : la solution ne viendra pas d’un acteur isolé. « c’est un événement où les marques ont échangé entre elles et ont exprimé qu’elles étaient prêtes à agir collectivement et à long terme », insiste Aude Penouty, responsable RSE d'EuroSIMA. « Une chose est certaine : la solution est collective ».
Même constat du côté des industriels. Xavier Duhalde, coordinateur Innovation & RSE au sein du groupe Boardriders, évoque des échanges « très enrichissants » et une volonté partagée de travailler sur la recyclabilité des combinaisons et la réutilisation des matériaux.
Pour maintenir cette énergie, une task force dédiée devrait voir le jour, avec des référents par typologie d’acteurs. L’objectif : éviter que l’élan ne retombe comme un soufflé.
Du littoral à l’échelle nationale, la vague s’étend
Au-delà de cette première journée, la dynamique est appelée à essaimer. Plusieurs territoires du littoral français devraient rejoindre l’initiative dans les mois à venir, de l’Atlantique à la Méditerranée. Une montée en puissance qui confirme que la glisse est prête à changer de paradigme.
Ecologic, de son côté, entend jouer un rôle de chef d’orchestre, en accompagnant les projets collectifs et en soutenant la recherche et développement. L’ambition est claire : faire de la filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) des sports de glisse un modèle abouti d’économie circulaire.
Amélie Montoriol conclut avec enthousiasme : « Je suis enthousiaste et encouragée par cette journée importante pour la filière… Rendez-vous dans un an pour faire le bilan ! ».
Sébastien Soumagnas






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