En décrochant le titre de champion du monde en individuel pour Michel Brunoro, et celui de vice-champions du monde en équipe aux côtés d'Alexandre Boy il y a quelques mois, les deux Palois n'ont pas seulement fait briller leur discipline.
Ils ont braqué les projecteurs sur une discipline reine qui, entre les murs de la cité royale, s'apprête à vivre une véritable révolution sportive et touristique.
Pour tous les passionnés de jeu de paume du Béarn, ce titre mondial tombe à point nommé : il est temps de se mobiliser pour réhabiliter et valoriser le court de jeu de paume de Pau.
Construit en 1887 grâce à une initiative populaire, le court du jeu de paume de Pau est situé à proximité du parc Beaumont. Il s’agit d’une copie conforme du jeu de paume des Tuileries. Bien que préservé par les passionnés du Jeu de Paume de Navarre, le terrain ne répond plus, depuis lors, aux critères stricts des compétitions internationales.
Le projet est ambitieux : transformer ce lieu pour en faire une référence absolue sur le plan national et international, en s'appuyant solidement sur l’histoire unique du jeu de paume à Pau.
En tant que passionné et ambassadeur de ce sport, Michel Brunoro lance un véritable appel à l’action : « Les Championnats du monde de jeu de paume auront lieu en France dans quatre ans. Pour faire rayonner Pau, nous devons agir aujourd’hui. Le premier objectif est le retour des compétitions mondiales. En retrouvant ses lignes et ses structures d'origine, Pau pourra postuler à l’accueil de tournois du Grand Chelem et d'Opens internationaux. Nous avons un trésor endormi à portée de main. Notre objectif est de préserver le patrimoine existant ».
Un retour aux sources historiques
Ce sont les moines qui ont inventé le jeu de paume, avant que les laïcs ne le découvrent dans les monastères pour ensuite s’en emparer dans les villages, en y jouant d’abord à la main. Le jeu a ensuite séduit les princes, les rois et les cours du monde entier.
À la Belle Époque, alors que Pau attire l'aristocratie anglaise et européenne pour son climat et ses bains, ce court du Parc Beaumont devient le passage obligé de la haute société.
Malheureusement, les décennies passent et le site subit des transformations. Dans les années 1950, le court est modifié en trinquet pour la pelote basque. « Aujourd’hui, les dimensions ne sont pas adaptées au jeu de paume, donc le bâtiment ne peut pas accueillir de compétitions », regrette le champion du monde Michel Brunoro.
Ce court historique, appartenant à la Ville est d'ailleurs chargé d'histoire, puisque c’est dans celui-ci qu'est née, en 1893, Marguerite Broquedis. Fille du maître paumier de l'époque, cette brillante joueuse de tennis est entrée dans l'histoire en devenant la toute première femme championne olympique, toutes disciplines confondues.
Il existe aujourd'hui en France seulement quatre salles où l'on joue encore à la paume : une au château de Fontainebleau, une à Paris (rue Lauriston), une à Mérignac et une dernière à Pau.
Un projet de rénovation global
C'est ici que l’avenir rejoint l’histoire. Très attendus par les passionnés de la discipline, un vaste chantier de réaménagement est en cours pour redonner au bâtiment sa vocation d'origine, en reconstruisant un carreau parfaitement homologué.
Les travaux de rénovation et de mise aux normes de ce bâtiment patrimonial public (environ 600 000 euros) ont été votés par l’ancienne municipalité. Des études ont d’ailleurs été réalisées, mais les travaux ne sont pour l’instant pas validés par le nouveau maire de Pau et ses élus.
Le club de Jeu de Paume de Navarre réunit actuellement une vingtaine d’adhérents, mais ce projet va bien au-delà de quelques passionnés et représente une opportunité rare et surtout, à ne pas manquer !
« Notre projet n’est pas que sportif, mais plus global : à la fois culturel, patrimonial, pédagogique, d’attractivité économique et d’image pour la ville de Pau. Ce bâtiment a le potentiel pour attirer les joueurs du monde entier, pour peu qu’on s’en donne les moyens », précise Stéphane Hochart, président du club de Jeu de Paume de Navarre.
Ce projet démontre qu’il y a un avenir moderne et captivant pour cette discipline, et qu'elle ne représente pas seulement une curiosité anecdotique réservée à une poignée de personnes (plutôt d’âge mûr).
Le deuxième axe repose sur la création d'un pôle d'excellence. Fort de ses champions du monde, le club palois disposera d'un outil de haut niveau pour former la prochaine génération de paumiers français.
Vers un renouveau touristique
Au-delà de la préservation patrimoniale, il s'agit de mesurer l'attractivité globale que le Jeu de Paume peut apporter concrètement à Pau.
Le renouveau du jeu de paume à Pau répond à une double opportunité, à la fois touristique et sociale. Sur le plan de l'attractivité, la discipline représente une vitrine touristique haut de gamme et internationale.
Le jeu de paume compte en effet une communauté de passionnés ultra-fidèles à travers le monde, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie.
Pourtant, le président du club l’assure, la cité royale possède des arguments majeurs pour renverser la tendance : « À l’instar du golf, beaucoup de passionnés visitent les courts de jeu de paume partout dans le monde. Si nous arrivons à revenir à l’état initial de ce court, il sera parmi les plus beaux du monde, véritablement mythique ! »
Disposer d’un tel joyau architectural entièrement fonctionnel va concrètement attirer de nombreux visiteurs internationaux, amateurs de tourisme mémoriel et sportif. En se positionnant ainsi comme le fer de lance du renouveau de ce sport à l'échelle planétaire, Pau pourrait ainsi renouer avec son standing de la Belle Époque.
Démocratisation, mixité et transmission
L'autre grand défi du club est la démocratisation, afin de casser l'image d'un sport élitiste ou vieillissant. Longtemps perçu comme le sport des rois, dont l'expression "épater la galerie" est directement tirée, le jeu de paume s'ouvre aujourd'hui à tous.
Stéphane Hochart tient d'ailleurs à casser les idées reçues : « Le jeu de paume n’est pas réservé qu'à une élite, puisque la cotisation est de 150 euros par an, ça reste accessible ».
Mais le bâtiment rénové ne sera pas uniquement utilisé par les licenciés, puisque le projet possède également une dimension de mutualisation avec les écoles paloises, ce qui se traduira concrètement par des partenariats locaux. En effet, des initiations pour les scolaires, des sessions de découverte pour les Palois et même les entreprises pourront être réalisées
Pour le président du Jeu de Paume de Navarre, cette structure permettra d'ouvrir de nouveaux horizons sportifs et humains : « Je souhaiterais créer une école de la paume, pour initier les jeunes à ce sport très complet, qui mêle compétences physiques et stratégie. Notre but est de féminiser et rajeunir ce sport. Car, après tout, ce n’est pas toujours le plus fort physiquement qui gagne. Il s’agit d’ailleurs de l’un des seuls sports où les femmes peuvent jouer contre les hommes, avec un système de handicap, ce qui est assez original ».
Au-delà du jeu et de la technique pure, ce sport impose un protocole bien précis : on salue l’adversaire et l'on se plie à un code vestimentaire strict, le blanc étant de rigueur pour tous les joueurs.
L'art de la paume : Un jeu d'échecs en mouvement
Pour comprendre l'importance d'une telle salle, il faut s'immerger dans les subtilités de cette discipline, ancêtre direct du tennis, du squash et de la pelote basque.
Comme le résume parfaitement Michel Brunoro, « la pratique rend rapidement les joueurs passionnés. Car nous sommes happés dans un autre monde. C’est un jeu de balle, dynamique, qui se couple à un jeu d’échecs, où la stratégie tient une place importante. »
Contrairement au tennis, la courte paume se joue dans une salle close et asymétrique où les murs font partie du jeu. Le terrain est entouré de galeries aux toits en pente sur lesquels le serveur doit obligatoirement faire rouler la balle pour engager l'échange.
Les murs, quant à eux, comportent des angles et des ouvertures spécifiques (comme le tambour ou la grille) qui dévient la trajectoire de la balle ou permettent de marquer un point direct.
Pour y jouer, le matériel est unique : les raquettes en bois sont asymétriques pour donner des effets rasants, et les balles traditionnelles, fabriquées à la main, sont très dures et rebondissent peu.
Si le comptage des points est le même qu'au tennis (15, 30, 40), la paume se distingue par la règle subtile des « chasses ». Quand une balle fait deux rebonds, le point est mis en pause et l'on marque l'emplacement du second rebond.
Les joueurs changent alors de côté, et le relanceur doit réussir à renvoyer sa balle plus loin que cette marque pour gagner le point. Ce système en fait un véritable jeu d'échecs physique.
Bien qu’il s’agisse d’un bâtiment public, c'est l'élan passionné du Club Jeu de Paume de Navarre qui impulse aujourd'hui ce projet d'envergure.
Cette réhabilitation s'impose donc comme la condition sine qua non pour enclencher un véritable cercle vertueux : une fois les murs restaurés, le site pourra enfin accueillir un maître paumier.
Véritable clé de voûte du projet, ce dernier aura pour mission de propulser l'école de paume, d'orchestrer les tournois et de dynamiser le tourisme d'affaires.
En plaçant l'identité historique locale au centre du jeu, cette synergie entre le club et la municipalité promet de transformer le site en un cœur battant du centre-ville, prouvant que l'avenir d'un territoire s'écrit aussi en conjuguant son passé au présent.
Noémie Besnard



N.B

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