Du 26 août au 5 septembre 2026, le Festival Ravel retrouvera Saint-Jean-de-Luz, Ciboure et plusieurs lieux emblématiques du Pays basque pour une nouvelle édition placée sous le signe de l’Espagne.
Une destination qui n’a rien d’un détour pour Maurice Ravel, tant les sonorités ibériques ont nourri son imaginaire. Sous la direction artistique de Bertrand Chamayou, le festival entend ainsi faire résonner les liens entre les deux rives des Pyrénées, tout en faisant dialoguer les grands interprètes avec ceux qui seront les artistes de demain.
Quand Ravel regarde vers l’Espagne
Cette année, le voyage est tout trouvé. 2026 marque le 150e anniversaire de la naissance de Manuel de Falla, figure majeure de la musique espagnole et contemporain de Ravel. Pour Bertrand Chamayou, les passerelles sont nombreuses. « España d’Emmanuel Chabrier, le Boléro, Alborada del gracioso ou la Rapsodie espagnole de Maurice Ravel sont autant d’œuvres qui nous rappellent que la France et l’Espagne entretiennent une relation ancienne et musicalement particulièrement féconde », souligne-t-il.
Le directeur artistique veut remonter le fil de cette histoire. « Au crépuscule du XIXe siècle, la musique espagnole devient un horizon créatif. D’Isaac Albéniz à Manuel de Falla en passant par Enrique Granados, c’est toute une génération de compositeurs et interprètes espagnols qui travaillent au tournant du XXe siècle, pendant quelques années fertiles à Paris à ce qui deviendra la “musique espagnole moderne”. »
Dans cette histoire, un personnage joue les traits d’union : le pianiste Ricardo Viñes. « Trait d’union entre Ravel et Falla », il introduit ce dernier auprès du groupe des Apaches réuni autour de Ravel. Une rencontre qui nourrit une amitié et une admiration artistique réciproque.
Et cette Espagne ne se cantonne pas qu'aux portées musicales. « Cette école espagnole “de Paris” dépasse la seule musique, et s’illustrera aussi avec des peintres comme Juan Gris, Pablo Picasso ou Joan Miró », rappelle Bertrand Chamayou.
Une affiche qui déroule le grand jeu
Pour ouvrir cette nouvelle édition, l’Orchestre national du Capitole de Toulouse donnera le ton dans un programme où l’Espagne de Falla dialoguera avec celle de Ravel. Puis l’Orchestre de l’Opéra National de Bordeaux fera entendre L’Heure espagnole, l’un des deux seuls opéras de Ravel.
Le piano occupera naturellement une place de choix. Nelson Goerner interprétera Iberia d’Albéniz tandis que Javier Perianes rendra hommage à Falla. Ce dernier retrouvera ensuite l’altiste Tabea Zimmermann et le Quatuor Quiroga pour une soirée. Jean-François Heisser fera entendre la poésie de Federico Mompou tandis que Jean-Frédéric Neuburger et Bertrand Chamayou lui-même proposeront un programme allant de Chabrier et Debussy à Hèctor Parra et Joaquín Nin.
Le voyage s’étendra également aux compositeurs ayant créé depuis la péninsule ibérique. « Vous pourrez ainsi entendre – avec l’Orchestre des Champs-Élysées et l’Ensemble Les Métaboles – les œuvres composées à Madrid par Boccherini et Scarlatti, ainsi que les Préludes de Chopin écrits à Valldemossa », annonce Bertrand Chamayou.
Le programme ira encore de la poésie de Federico García Lorca, mise en musique par George Crumb et portée par la soprano Barbara Hannigan, au cinéma de Luis Buñuel et Salvador Dalí, dans un ciné-concert orchestré par Martin Matalon.
Et pour refermer la partition, le harpiste Xavier de Maistre, la légende des castagnettes Lucero Tena et les danseuses Florencia Oz et Isidora O’Ryan promettent des rencontres plus inattendues. De quoi terminer sur une cadence particulièrement soutenue.
Générations Ravel, le passage de témoin
Mais le Festival ne propose pas qu''une liste de grands noms. Sa singularité tient aussi à la place accordée aux jeunes artistes de l’Académie Ravel. Tout au long de l’édition, ils partageront la scène avec leurs aînés et leurs mentors, parmi lesquels Benjamin Alard, Jean-François Heisser, Ramon Lazkano, Alphonse Cemin ou Yulianna Avdeeva.
Trois concerts baptisés « Générations Ravel » seront consacrés à cette transmission. De Manuel de Falla à José María Sánchez-Verdú, de Chopin à Ramon Lazkano, de Ricardo Viñes aux jeunes solistes de l’Académie, ils feront dialoguer héritage et création.
« Enfin, tout au long du Festival, de jeunes solistes de l’Académie Ravel sont associés aux concerts aux côtés de leurs aînés et mentors », insiste Bertrand Chamayou. De quoi faire de la transmission autre chose qu'un joli principe, à savoir une expérience de scène, de rencontre et de confrontation artistique.
Cette volonté se poursuit naturellement avec l’Académie Ravel, qui rassemble chaque été à Saint-Jean-de-Luz de jeunes musiciens et compositeurs venus du monde entier. Forte de près de soixante ans d’histoire, elle demeure, selon Chamayou, « un rendez-vous estival de référence » dans le parcours des jeunes musiciens.
En 2026, les classes de flûte et de clarinette sont pérennisées, avec les solistes Magali Mosnier et Nicolas Baldeyrou. Cours individuels et collectifs, masterclasses publiques, scènes ouvertes, projets d’ensemble, création et rencontres professionnelles composent ces deux semaines de formation.
« Cette double expérience : pédagogique et scénique » constitue précisément l’une des forces du projet, estime le directeur artistique. « J’ai à cœur de faire de l’Académie un véritable tremplin pour la jeune génération de musiciens et cette année encore toute l’équipe y travaillera », affirme Bertrand Chamayou.
Sébastien Soumagnas



L. Lafontaine DR

Réagissez à cet article
Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire