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LURRAMAQui aura l’eau pour faire pousser l’agriculture de demain ?

Du 6 au 8 novembre, le salon de l’agriculture paysanne s'installera à la Halle d’Iraty, à Biarritz, avec un sujet vital pour les fermes comme pour les habitants : le partage de l’eau.
Lurrama DR
Avec Gilles Bœuf comme parrain et l’Ardèche comme territoire invité, le salon veut confronter les modèles agricoles et les solutions pour préserver la ressource.

L’eau est quasi indispensable à toutes les productions agricoles, mais son accès devient plus incertain à cause du réchauffement climatique. Comment partager cette ressource entre les besoins des habitants, les exploitations et les milieux naturels ? C’est la question que pose la 21ᵉ édition de Lurrama, le salon de l’agriculture paysanne du Pays basque, organisé du 6 au 8 novembre à la Halle d’Iraty, à Biarritz. Avec l’Ardèche comme territoire invité et le biologiste Gilles Bœuf comme parrain, les débats s’annoncent aussi agricoles que sociétaux.

L’eau, une ressource qui ne coule plus de source

Le marché fermier réunira également des producteurs engagés dans des démarches de qualité
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Le thème avait pourtant été choisi avant les fortes chaleurs de la fin du printemps. Depuis, l’actualité climatique lui a donné une résonance particulière. Les sécheresses, les épisodes de chaleur et les dérèglements du cycle de l’eau rappellent que cette ressource, indispensable à la vie, est désormais compliquée à être considérée comme acquise.

Dans son texte de présentation, Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG), qui organise le salon, résume l’enjeu : « Le public aura soif de débattre et de s’informer ! » Derrière cette formule, une interrogation de fond qui interpelle : comment hiérarchiser les usages lorsque les besoins augmentent et que la disponibilité de l’eau devient moins régulière ?

L’association défend l’idée d’un partage qui donne la priorité aux besoins vitaux et respecte les équilibres naturels. L’eau potable, l’agriculture, l’industrie, les loisirs et la préservation des rivières ne peuvent être considérés comme des usages interchangeables. Pour EHLG, il devient nécessaire d’adapter les pratiques, de faire preuve de sobriété et de repenser les choix collectifs.

Les agriculteurs sont directement concernés par le sujet parce que l’eau conditionne la désaltération des animaux, la pousse des cultures, la disponibilité des fourrages et, tout au bout de la chaîne, la capacité à fournir une alimentation locale. Lorsque le climat se dérègle et impacte donc les pluies, les exploitations doivent s’adapter, parfois au prix d’investissements et de changements dans leur organisation. Le partage de l’eau est donc aussi une question de viabilité économique pour les fermes.

« L’eau et l’alimentation, c’est la vie »

Environ 80 animaux de races basques et pyrénéennes seront présentés
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Gilles Bœuf, parrain de l'édition 2026, apportera ainsi son regard de biologiste, d’océanographe et de spécialiste de la biodiversité. Ses travaux invitent à considérer l’eau non comme une simple ressource à exploiter, mais comme un élément essentiel au fonctionnement du vivant.

« L’eau et l’alimentation, c’est la vie », rappelle-t-il dans sa présentation. Le scientifique alerte notamment sur les conséquences de la perturbation du cycle de l’eau et sur le recul de la biodiversité.

Il critique également les systèmes agricoles productivistes lorsqu’ils contribuent à concentrer l’accès au foncier, à l’eau, aux financements publics et aux marchés. Il défend ainsi une évolution des modèles de production alimentaire, afin de mieux prendre en compte les limites naturelles et les besoins des territoires.

Son message n’est toutefois pas sans appel : « Les alternatives existent ! » L’agriculture paysanne, qui cherche à préserver l’autonomie des fermes, à travailler avec la nature et à produire une alimentation de qualité pour les habitants du territoire, fait justement partie des voies que le salon souhaite mettre sur la table pour débattre.

L’Ardèche, un miroir pour le Pays basque

Des animations familiales auront également lieu durant le salon
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Comme chaque année, pour alimenter les échanges, Lurrama accueille cette année l’Ardèche comme territoire invité. Les deux régions possèdent leurs propres paysages et productions, mais partagent cependant un attachement à l’agriculture paysanne et à la vitalité des campagnes.

L’intérêt de cette rencontre dépasse donc la découverte des spécialités ardéchoises. Ce territoire a déjà été confronté à des épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs, qui obligent à s’interroger sur la gestion de l’eau, ainsi que ses modalités de stockage. Son expérience peut éclairer les choix à venir au Pays basque, alors que les tensions sur la ressource deviennent un sujet de préoccupation croissant au vu des récentes restrictions survenues durant la haute saison.

La présence de l’Ardèche offrira une occasion de confronter les réponses aux questions qui seront abordées lors des conférences prévues les vendredi 6 et samedi 7 novembre, qui permettront d’aborder l’eau sous plusieurs angles, de la santé aux conflits d’usage, en passant par les pratiques agricoles et les besoins nécessaires à notre alimentation. Le programme invite ainsi à relier les enjeux scientifiques aux réalités concrètes du terrain.

Une ferme paysanne à hauteur de visiteurs

Organisé par EHLG, le rendez-vous défend une agriculture paysanne et durable
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Si les débats sont au cœur de cette édition, Lurrama reste cependant un salon où l’agriculture se découvre aussi par les gestes, les animaux et les produits. Organisé par EHLG, le rendez-vous défend une agriculture paysanne et durable, respectueuse des humains et de la nature. Plus de 1 000 bénévoles sont annoncés pour contribuer à cette manifestation, devenue au fil des années un rendez-vous majeur du monde agricole basque.

Environ 80 animaux de races basques et pyrénéennes seront présentés, parmi lesquels des brebis Manex, des vaches Pirenaica, des chèvres pyrénéennes et des pottoks. Des démonstrations de tonte, de conduite de troupeaux par des chiens de berger, de traite et de fabrication de fromage permettront de faire découvrir aux visiteurs les savoir-faire qui font vivre les exploitations.

Le pôle végétal mettra en lumière plusieurs productions locales, dont le maïs grand roux, les pommes, le piment d’Espelette, les cerises d’Itxassou et les oléagineux. Le marché fermier réunira également des producteurs engagés dans des démarches de qualité, parmi lesquelles l’AOP Ossau-Iraty, le piment d’Espelette AOP, l’Irouléguy, le Kintoa et l’agriculture biologique.

Ces produits rappellent que l'eau est indispensable à l’alimentation et à la rémunération du travail agricole. Préserver la ressource, maintenir des fermes viables et permettre aux consommateurs d’accéder à des produits de qualité sont des objectifs indissociables.

De la terre à la mer, une même question de partage

La réflexion s’étend également au littoral. Des initiatives associant Mer de Liens et Pleine Mer doivent permettre d’élargir les échanges aux activités maritimes et à la pêche durable. En effet, les rivières, les bassins versants et l’océan ne sont pas des mondes séparés car ce qui se passe en amont a des conséquences jusqu’à la côte.

Entre conférences, rencontres, marché fermier et animations familiales, Lurrama lance donc le débat des choix à opérer concernant le constat établi que l'eau se raréfie ou plutôt devient imprévisible. Car, pour continuer à nourrir le territoire, l’agriculture devra composer avec une ressource dont dépendent à la fois les récoltes, les élevages, la biodiversité et la vie quotidienne.

Sébastien Soumagnas

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