Les Landes ont désormais bel et bien engagé leur transition énergétique, mais il reste encore un long chemin à parcourir pour parvenir à l'autonomie. Réunis le 9 octobre dernier à Saint-Vincent-de-Tyrosse, élus, représentants de l’État et spécialistes de la thématique ont dressé un bilan d’étape de la stratégie départementale. Si la production d’énergies renouvelables progresse, la réduction des consommations demeure un défi majeur. À Saint-Paul-lès-Dax, la centrale solaire citoyenne de Candate illustre toutefois une façon concrète de transformer les ambitions en réalisations.
Une transition qui doit changer d’échelle
« L’urgence, nous la vivons, c’est notre présent. » À l'occasion du troisième Forum landais de la transition énergétique, organisé au cinéma de Saint-Vincent-de-Tyrosse, le préfet des Landes, Gilles Clavreul, a rappelé que le changement climatique n’était plus une menace lointaine. Canicule, sécheresse et incendies ont rendu ses conséquences particulièrement concrètes durant l’été.
Lancée en novembre 2021 par le Département, l’État et l’Agence de la transition écologique (Ademe), la stratégie départementale fixe un cap ambitieux, à savoir diminuer de 25 % les consommations d’énergie d’ici à 2030, couvrir 84 % des besoins grâce aux énergies renouvelables à cette même échéance, puis viser l’autonomie énergétique en 2033.
« Le Département des Landes fait le choix d’une transition qui respecte les équilibres agricoles, environnementaux et territoriaux, et qui se garde de devenir une course au résultat chiffré ou l’occasion d’un simple profit », souligne Xavier Fortinon, président du Conseil départemental. Parce que la transition n'est pas une question de multiplication des panneaux solaires, elle doit aussi tenir compte des usages, des paysages et des réalités économiques.
Les consommations baissent, mais pas assez vite
Les indicateurs présentés lors du forum montrent des avancées. Selon les données de l’Agence régionale d’évaluation environnement et climat (AREC), les besoins énergétiques des Landes ont diminué de 4,2 % entre 2010 et 2025. Et sur la même période, les émissions de gaz à effet de serre ont reculé de 12 %. Le département affiche également une part de consommation couverte par les énergies fossiles de 45 %, la plus faible de Nouvelle-Aquitaine selon les chiffres présentés.
Le bâtiment constitue l’un des principaux moteurs de cette évolution, avec une baisse de 22 % de sa consommation énergétique en quinze ans. Les travaux de rénovation énergétique engagés par les ménages ont considérablement augmenté, leur montant étant passé de 9 millions d’euros en 2022 à 28 millions en 2025. Les collectivités se mobilisent également, avec 11 millions d’euros de Fonds vert sollicités entre 2023 et 2025.
Cependant, le bilan est moins favorable du côté des transports. L’électrification progresse, sans avoir encore produit tous ses effets. « La décarbonation des transports est un peu en retard de phase », constate Rafaël Bunales, directeur de l’AREC. La baisse de 4,2 % des besoins énergétiques depuis 2010 reste donc éloignée de la réduction de 25 % visée à l’horizon 2030. La sobriété demeure un passage obligé car produire davantage d’énergie propre ne dispense pas pour autant de consommer moins.
Le soleil, premier allié des renouvelables
Dans le domaine de la production, les Landes disposent d’atouts solides. En 2025, les énergies renouvelables couvrent 42 % des besoins énergétiques du département, selon les données présentées au forum. L’objectif est clair puisque il est de doubler cette proportion pour atteindre 84 % en 2030. La production départementale d’énergies renouvelables atteint, cette même année, 6 630 gigawattheures (GWh), dont près des trois quarts sous forme de chaleur.
Dans ce département forestier, la biomasse thermique, notamment les chaufferies au bois, pèse lourd dans le bilan. Le solaire photovoltaïque est l’autre locomotive. Les Landes sont devenues le premier département français en puissance photovoltaïque installée, passée de 600 mégawatts en 2019 à 1 413 MW en 2025. À l’échelle de la production renouvelable, la progression est flagrante, l’électricité d’origine renouvelable ayant été multipliée par douze depuis 2010, tandis que les énergies renouvelables thermiques sont restées globalement stables, avec une hausse de 4 %.
Cette dynamique vers le solaire doit se poursuivre, avec une puissance installée visée de 3 600 MW en 2030. Mais le développement des installations ne règle pas tout. En effet, la baisse des tarifs de rachat de l’électricité encourage à réfléchir davantage à l’autoconsommation, au stockage et au partage local de l’énergie. L’enjeu est désormais de mieux faire coïncider la production avec les besoins réels des collectivités, des entreprises et des habitants.
À Candate, une ancienne décharge prend le soleil
C’est précisément ce passage des objectifs aux réalisations que la visite de la centrale photovoltaïque de Candate, à Saint-Paul-lès-Dax, a permis d’illustrer. Aménagé sur une ancienne zone de stockage de déchets inertes, le site produit de l’électricité renouvelable en redonnant une fonction à un terrain déjà artificialisé.
Développé sur environ cinq ans, le projet représente un investissement supérieur à 4 millions d’euros. Sur place, quelque 7 300 panneaux ont été installés sur cinq hectares, pour une puissance de 4,57 mégawatts-crête (MWc). La production annuelle est estimée à 5 365 MWh, soit l’équivalent de la consommation électrique d’environ 2 500 foyers, hors chauffage et eau chaude sanitaire. Attention tout de même, il s’agit là d’une équivalence théorique, et non de 2 500 ménages directement alimentés par la centrale.
Candate se distingue aussi par son montage. La société porteuse réunit notamment la commune, Enercoop Nouvelle-Aquitaine, EnRciT et l’association TESP. Une structure citoyenne, CIER40, a été créée pour permettre aux habitants d’investir dans le projet. Le financement associe ainsi emprunts, capitaux publics et participation citoyenne, plutôt que de reposer exclusivement sur un opérateur privé.
Pour Saint-Paul-lès-Dax, cette centrale a pour objectif de couvrir 50 % de ses besoins énergétiques par une production locale en 2026 et viser l’autosuffisance énergétique en 2030. Candate ne suffira pas, à elle seule, à atteindre ces objectifs mais elle donne néanmoins une vision concrète d'une politique énergétique qui cherche à rapprocher production et consommation.
Diversifier les sources, garder le cap
Le photovoltaïque n’est cependant pas le seul levier envisagé. Neuf projets de méthanisation, agricoles ou industriels, sont validés ou en cours d’instruction dans les Landes, avec l’ambition de multiplier par six la production de biométhane d’ici à 2035. La géothermie offre également des perspectives pour chauffer ou rafraîchir les bâtiments. Selon le BRGM, la géothermie de surface pourrait être mobilisée sur 80 à 85 % du territoire, sous réserve des études et des caractéristiques locales. Une étude de faisabilité explore par ailleurs le potentiel de l’énergie des vagues sur le littoral.
Quoiqu'il en soit, la diversité des solutions sera essentielle pour atteindre les objectifs départementaux. Car le bilan est contrasté : la production renouvelable s’accélère, mais les consommations ne reculent pas encore suffisamment vite. Entre rénovation des bâtiments, évolution des mobilités, autoconsommation et nouveaux moyens de production, la transition se jouera autant dans les usages que dans les équipements.
À Candate, le soleil transforme déjà une ancienne zone de stockage en ressource énergétique. À l’échelle des Landes, le défi est désormais de multiplier les projets de ce type, tout en maîtrisant la demande. Pour viser l’autonomie en 2033, il ne suffira pas de produire plus vert... il faudra aussi apprendre à consommer autrement.
Sébastien Soumagnas






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