Il y a des décisions qui sonnent comme des fins, mais qui résonnent surtout comme des recommencements. À Tarnos, l’école primaire alternative OSE s’apprête à fermer ses portes le 26 juin, après six années d’existence. Une annonce qui pourrait s’apparenter à un échec, mais que sa fondatrice et présidente, Camille Colombain, refuse de lire ainsi. « Cette décision n’est pas le résultat d’un échec pédagogique ou d’un manque d’engagement des familles », tient-elle à préciser d’emblée. La réalité est ailleurs, plus structurelle, plus silencieuse aussi... celle d’un modèle économique devenu trop fragile.
Une fermeture lucide, loin du renoncement
Le constat est sans détour. « Un nombre d’inscriptions insuffisant pour la prochaine rentrée, un modèle financier reposant largement sur le bénévolat et des rémunérations qui ne permettent pas de reconnaître à leur juste valeur le travail des enseignants. » En d'autres termes, l’équation n’est plus tenable. Derrière ces mots, c’est toute la difficulté des écoles indépendantes qui affleure, prises entre exigence pédagogique et équilibre financier précaire.
Sur les réseaux sociaux, le ton se fait plus intime encore. « Il y a des décisions difficiles à prendre », écrit Camille Colombain. « Et même si cette réalité est difficile à accueillir, nous choisissons de la regarder avec lucidité. Parce qu’au fond, nous sentons aussi qu’il est temps. » Temps de faire une pause, de regarder autrement ce qui a été construit, et d’accepter que certains cycles s’achèvent.
Car OSE n’était pas une école comme les autres. Installée sur le site de la ferme agro-écologique Emmaüs Baudonne, elle s’inscrivait dans un écosystème social et solidaire singulier. Un lieu de vie, d’apprentissage et d’expérimentation, où l’éducation se pensait à hauteur d’enfant, mais aussi en lien étroit avec son environnement.
Pendant six ans, l’école a été « un lieu vivant », se souvient sa fondatrice. « Un lieu d’essais, de liens, de joie, de remises en question et de challenges. » Une structure où les enfants pouvaient « apprendre autrement, grandir à leur rythme, déployer leur plein potentiel, être regardés dans toute leur singularité ».
Mais l’expérience n’a pas seulement transformé les élèves. « Cette aventure a aussi profondément transformé les adultes qui l’ont portée », confie-t-elle. Enseignants, parents, intervenants, tous ont expérimenté une autre manière de faire école, fondée sur la coopération, l’inclusion et la co-éducation.
Au cœur du projet, une conviction forte : « Il faudrait tout un village pour élever un enfant. » L’école s’ouvrait ainsi aux familles, aux professionnels de santé, aux chercheurs, dans une logique collective où chacun avait sa place. Une diversité revendiquée comme une richesse, et non comme une contrainte.
Les limites d’un modèle engagé
Mais derrière l’élan, une réalité plus rude s’est imposée au fil du temps. « Sur ce qu’il en coûte parfois de vouloir faire autrement dans un système qui épuise », écrit encore Camille Colombain. Car l’engagement ne suffit pas à compenser l’absence de modèle économique solide.
La fondatrice pose alors une question centrale, presque politique : « Comment proposer une éducation innovante et à taille humaine tout en garantissant des conditions de travail dignes aux professionnels qui la portent ? » Une interrogation qui dépasse largement le cas d’OSE et touche l’ensemble des initiatives alternatives.
L’enjeu est ainsi double : rendre ces écoles accessibles aux familles sans les fragiliser financièrement, tout en assurant une juste reconnaissance du travail éducatif. « Une école alignée ne peut pas reposer sur le sacrifice silencieux de celles et ceux qui y travaillent », insiste-t-elle. « Parce que la bienveillance ne peut pas s’arrêter aux portes de l’équipe pédagogique. »
Alors plutôt que de s’acharner, l’équipe a donc choisi de s’arrêter. Non pas pour abandonner, mais pour mieux rebondir. « Nous avons fait le choix de fermer aujourd’hui non parce que nous renonçons à nos convictions, mais parce que nous souhaitons prendre le temps de repenser un modèle plus solide, plus durable. »
La métaphore employée sur les réseaux sociaux en dit long : « Ce n’est pas la fin de l’histoire. C’est une mue. Une respiration entre deux chapitres. » Un moment suspendu, où l’on accepte de « laisser mourir ce qui ne doit plus être, pour permettre à autre chose d’émerger ».
Car la suite est déjà en gestation. Une nouvelle structure éducative pourrait voir le jour, cette fois dans le secteur de Saint-Jean-de-Luz. Un projet nourri des enseignements tirés de ces six années, avec l’ambition d’un modèle économique plus pérenne et plus respectueux des équilibres humains.
Un appel au territoire
Pour concrétiser cette ambition, Camille Colombain lance aujourd’hui un appel. Elle recherche « des partenaires, mécènes et acteurs locaux susceptibles d’accompagner cette réflexion ». L’objectif est de faire émerger un projet éducatif innovant, ancré dans son territoire et capable de durer.
Au fond, la fermeture d’OSE agit comme un révélateur. Elle met en lumière les fragilités, mais aussi la vitalité d’un secteur en quête de sens. Entre engagement associatif, innovation pédagogique et contraintes économiques, l’équilibre reste délicat à trouver.
Reste l’essentiel, peut-être, dans les mots de la fondatrice : « Ce que nous avons semé existe encore. Et la suite trouvera son chemin. » Une manière de rappeler que, même lorsque les portes se ferment, les idées, elles, continuent de circuler. Et parfois, de germer ailleurs.
COUP DE POUCE
La fermeture de l’école OSE à Tarnos ne peut se résumer à une simple fin d’activité : elle raconte une aventure humaine et pédagogique qui, pendant six années, a tenté d’ouvrir d’autres chemins dans le paysage éducatif. Derrière cette décision, Camille Colombain ne cache ni l’usure ni la lucidité qui l’accompagne, tant porter un projet alternatif demande une énergie constante, souvent fragilisée par des équilibres économiques précaires et un manque de soutien structurel.
Camille mérite vraiment un coup de pouce de notre part. Comment ? N'hésitez pas à partager cet article auprès de vos proches, ainsi que sur les réseaux sociaux afin de trouver des partenaires, des mécènes ou encore des acteurs locaux parce que cette étape marque un tournant, presque un passage de relais entre une première tentative, riche d’enseignements, et une suite encore à écrire, mais nourrie de convictions intactes.
En refermant ses portes, OSE ouvre paradoxalement un espace de réflexion collective, où l’enjeu n’est pas seulement de regretter une disparition, mais de se demander comment accompagner, demain, ces projets qui cherchent à réinventer l’école.
Sébastien Soumagnas



Ecole OSE DR

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