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1500 COUPS DE POUCEDes pages et des kilomètres : Menta refuse de tourner la dernière page

A Ossès, dans le Pays Basque intérieur, la librairie de Charlotte Rousseau continue d’écrire son histoire, entre passion des mots et défis bien réels.
Ville d'Itsasu DR
Mais comme dans tout bon récit, l’intrigue se complique et appelle un nouveau rebondissement. Aujourd’hui, Menta cherche de nouveaux lecteurs pour ne pas refermer le livre trop tôt.

Ouvrir une librairie dans un petit village relève souvent du roman d’aventure. À Ossès, Menta en est la preuve vivante. Créée en 2021 par Charlotte Rousseau, cette librairie-café bilingue est née d’un constat simple, à savoir celui d’un déséquilibre culturel entre la côte et l’intérieur du Pays Basque. Ici, les livres ne sont pas seulement rangés sur des étagères, ils circulent, s’échangent, se racontent. Ils deviennent prétexte à rencontre, à discussion.


Dès ses premières pages, Menta s’est écrite comme un lieu hybride, à mi-chemin entre la bibliothèque chaleureuse et le café de village. On y passe un bon moment, au travers des livres mais aussi des discussions. L’ambition n’était pas seulement de vendre des ouvrages, mais bien de rapprocher la culture de celles et ceux qui en sont parfois éloignés, en français comme en euskara.

Quand le récit se complique

Menta DR

Mais même les plus belles histoires connaissent leurs zones d’ombre. Depuis plusieurs mois, la fréquentation de la librairie s’essouffle. Comme si les lecteurs, happés par le rythme effréné du quotidien, avaient momentanément perdu le fil. Entre météo capricieuse, inflation et contraintes de la vie moderne, le chaland se fait plus rare.


Et derrière les rayonnages bien garnis, la réalité économique rattrape le récit. Une librairie reste un commerce fragile, où les marges sont fines. Le prix du livre, fixé ailleurs, laisse peu de place à la respiration financière. Chaque ouvrage vendu raconte une histoire, certes, mais il faut en empiler beaucoup avant de pouvoir écrire celle d’un équilibre viable.

Pour autant, hors de question de dramatiser. L’équipe de Menta préfère garder le ton juste, celui d’une confidence sincère adressée à ses lecteurs, sans jamais les culpabiliser. L’idée n’est pas de forcer la main, mais d’inviter à relire ensemble ce qui fait la richesse d’un tel lieu.

Un nouveau chapitre itinérant

Le camion de Charlotte qui parcourt l'arrière-pays
Menta DR

Parce qu’un livre ne s’arrête jamais vraiment à une difficulté, Menta a d'ores et déjà imaginé la suite. Et cette fois, elle s’écrit sur les routes. En 2025, la librairie a déployé une version itinérante de son projet, comme un chapitre qui quitterait la reliure pour aller à la rencontre de nouveaux lecteurs.

L’idée est simple et audacieuse : transformer un camion en librairie mobile, capable de sillonner les villages, de stationner sur les places, de s’inviter dans les marchés et les événements. Une manière de raccourcir les distances, de faire voyager les mots là où ils sont attendus.

Car au fil des rencontres, une évidence s’est imposée. Nombreux sont ceux qui aimeraient fréquenter Menta plus souvent, mais pour qui le trajet jusqu’à Ossès reste un frein. En allant vers eux, la librairie a changé de perspective : elle ne sera plus seulement un lieu, mais un passage.

Des livres en mouvement

Menta DR

Ce camion-librairie n'est pas une simple extension logistique, mais une véritable déclinaison de l’esprit Menta. À son bord, une sélection soignée d’ouvrages, en français et en basque, pour tous les âges et tous les goûts. De la littérature aux essais, de la jeunesse à la bande dessinée, chaque livre continue de jouer son rôle de passeur.

Mais au-delà des pages, c’est toute une atmosphère qui voyage. Quelques tables, des chaises, et surtout du temps pour échanger. Là où il s’arrête, le camion recrée cet espace si particulier où la culture devient un lien, un prétexte à se rassembler.

Pensée comme un outil au service du territoire, cette librairie itinérante s’appuiee aussi sur les dynamiques existantes. Associations, événements, marchés, lieux de vie… autant de chapitres déjà écrits auxquels elle souhaite se relier pour enrichir le récit collectif.

Dans cette aventure, les lecteurs ne sont pas de simples spectateurs, mais bien des co-auteurs. L’itinéraire du camion, vous pouvez le consulter sur la page Facebook de la librairie. Au fond, Menta est un projet de territoire, une tentative de rapprocher les gens par les livres, de faire circuler les langues, les idées, les imaginaires. Et comme toute œuvre collective, elle ne peut exister sans celles et ceux qui la font vivre.

COUP DE POUCE

Depuis son ouverture, Menta s’écrit grâce à vous, ligne après ligne, page après page. Et pourtant, grâce à votre curiosité, vos passages, vos échanges, ce défi a été relevé, bien au-delà des espérances.

Aujourd’hui, le récit vacille un peu. La fréquentation baisse, et l’équilibre devient fragile. Rien de dramatique, mais assez pour sentir que Menta pourrait mettre un point final à l'aventure si l’on n’y prend pas garde.

Alors Charlotte Rousseau ose écrire ces lignes, non pas comme un cri d’alerte, mais comme une invitation à rester dans l’histoire. Elle mérite vraiment un coup de pouce de notre part. Comment ? Partagez cet article sur vos réseaux sociaux, car parfois, il suffit d’un mot, d’un geste, d’une visite pour relancer tout un chapitre. Et ce serait dommage que l'histoire de cette librairie se referme...

Sébastien Soumagnas

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