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1500 COUPS DE POUCENouvelle étape pour le réemploi de matériaux de construction en Béarn

Au cœur de cette révolution constructive, l’Interprofessionnelle de la déconstruction et du ré-Emploi (IDRE) s'impose comme le chef d'orchestre d'une filière d'avenir où les déchets des uns font le bonheur des autres.
Les membres de l'association Idre, spécialisée dans le réemploi de matériaux dans le BTP à Pau.Courte Échelle 2025 | Gaëtan PORTENART
Chaque année en France, les chiffres du secteur du bâtiment donnent le vertige : près de 42 millions de tonnes de déchets sont générées sur les chantiers.

D'après les données de l'ADEME liées au déploiement de la filière à Responsabilité Élargie du Producteur (REP), le taux de réemploi de ces produits et matériaux de construction plafonnait encore à moins de 1 % à l'aube des années 2024-2025.

Face à cette montagne de gravats, de plâtre et de béton, le modèle traditionnel du « construire, détruire, jeter » s'essouffle. Dans les Pyrénées-Atlantiques, la prise de conscience s'accélère, poussée par une législation nationale de plus en plus stricte en matière d'économie circulaire et par une volonté locale de préserver les ressources naturelles.

C’est dans ce contexte d’urgence environnementale qu'est née une initiative pionnière en Béarn : l’Interprofessionnelle de la Déconstruction et du Ré-Emploi (IDRE), une structure qui a su transformer une intuition vertueuse en un véritable réseau professionnel.

Son but ?  Fédérer et coordonner la filière naissante locale du réemploi de matériaux dans le bâtiment localement, mais également dans toute la Nouvelle-Aquitaine.

Aujourd’hui, huit ans après sa création, de l’aveu d’Anaïs Bovet, la directrice de la structure, « les choses avancent, mais lentement » pour le secteur du bâtiment. « Malgré les crises successives et la pénurie de matériau, je pense que les professionnels du bâtiment ne se sont pas pleinement saisis de cette activité du réemploi. La filière n’étant pas encore véritablement développée en local, ça demande aux professionnels un peu plus de travail par rapport à la filière classique. Ce n’est pas une généralité, mais les freins sont encore nombreux. Le secteur du BTP est un domaine hautement technique et normé, ce qui peut expliquer la complexité du réemploi».

Un stock de matériaux à réemployer
Courte Échelle 2025| Gaëtan PORTENART

Sensibilisation, formation et conseil

Devenue au fil des ans la référence incontournable de la déconstruction circulaire à l'échelle locale et régionale, la structure paloise déploie son expertise autour de piliers stratégiques pour transformer en profondeur les pratiques du BTP.

L'un de ses leviers majeurs réside dans le conseil en maîtrise d'ouvrage, notamment à travers la réalisation d'études ressources. Avant même que le premier coup de pioche ne soit donné, l'IDRE intervient sur le site pour inventorier minutieusement chaque élément, de la charpente aux revêtements de sol.

Cette expertise fine permet d’identifier précisément quelles matières pourront être sauvées, réutilisées sur place ou réorientées vers d'autres chantiers du territoire. Cette ingénierie de la seconde vie permet de transformer les coûts de gestion des déchets en opportunités de création de valeur locale.

Mais pour que le réemploi devienne un réflexe systémique, il faut avant tout faire évoluer les mentalités et les compétences techniques. C'est pourquoi l'IDRE met la sensibilisation et la formation des acteurs du bâtiment au centre de sa mission.

Tout est potentiellement plus ou moins réemployable. Tout dépend de la démontabilité du matériau, mais globalement, on peut aller de la charpente en bois ou en métal aux sanitaires, en passant par le carrelage, les tuiles, les portes et fenêtres, les isolants…

Courte Échelle 2025| Gaëtan PORTENART

Un nouveau centre de ressource en 2027

L'ambition de l'IDRE dépasse désormais le cadre de l'accompagnement technique pour s'ancrer dans une démarche profondément humaine et sociétale.

En reliant la transition écologique à la solidarité locale, l'association démontre que l'avenir du bâtiment ne s'écrira pas uniquement à coup de technologies complexes, mais grâce au bon sens, au partage et à la valorisation du travail humain.

Cette vision franchit une étape historique avec le déploiement d’un pôle de ressources d'envergure à Lons, avenue des Frères Lumière, dont l’ouverture est prévue courant 2027. Ce nouveau site sera l’occasion de montrer l’ensemble de l’expertise de l’association à travers un tiers-lieu d'un nouveau genre.

Ce site rassemblera en effet une recyclerie de matériaux, ainsi que des ateliers de formation aux métiers de la logistique et du bâtiment.

Au cœur de cette dynamique, l'association s'est associée historiquement avec l’entreprise à but d’emploi Ecloz afin de développer une activité de démantèlement de menuiserie à but de réemploi et de recyclage, insufflant ainsi une dimension d'inclusion sociale majeure au cœur de l'économie circulaire. Les salariés seront également en charge de la gestion du stock de matériaux.

Comme l'explique la directrice : « C’est un projet de longue haleine, imaginé en 2020, qui représente une véritable montée en puissance de notre association. Notre objectif est d’avoir une plateforme physique qui nous permettra de remettre des matériaux en circulation, aussi bien à destination des professionnels que des particuliers. L’idée est de proposer un maximum de service aux entreprises pour faciliter l’usage des matériaux de seconde main auprès des professionnels ».

Alors que la raréfaction des matières premières devient une réalité tangible, l'expérience béarnaise prouve ainsi que les rebuts d'hier constituent les fondations les plus solides d'une société plus soutenable, plus juste et résolument tournée vers l'avenir.

Noémie Besnard

COUPS DE POUCE

« Le secteur du bâtiment est assez particulier, car il est composé d’une myriade d’acteurs, qui interagissent. Pour le moment, nous sommes parvenus à sensibiliser les acteurs du haut de la chaîne, tels que les maîtres d’œuvre et les bureaux d’études, mais nous aimerions toucher un plus large panel de professionnels », constate Anaïs Bovet.

La structure lance un appel à toutes les bonnes volontés pour soutenir son action en faveur du réemploi des matériaux du bâtiment et de l'économie circulaire.

Que vous soyez un professionnel du secteur engagé dans la transition écologique ou un particulier passionné par la démarche, l'association recherche activement de nouveaux adhérents ainsi que des profils motivés pour intégrer son conseil d’administration.

« La filière du réemploi est encore toute jeune, mais elle représente une véritable opportunité pour les professionnels du BTP, car la demande est grandissante, surtout sur les appels d’offres publics. Les entreprises qui seront en capacité de répondre au marché seront les premières servies et le mieux servie pendant longtemps », assure-t-elle.

En parallèle, IDRE fait appel à la générosité des acteurs locaux à travers le don de matériaux. Si vous disposez de surplus de chantier, de fins de stocks ou d'équipements de second œuvre en bon état dont vous n'avez plus l'utilité, ne les jetez plus : donnez-leur une seconde vie !

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