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DÉCRYPTAGEAvis de tempête confirmé sur Bétharram

Environ 150 plaintes ont été déposées, dont plus de 50 à caractère sexuel. Le groupe Facebook des « victimes de l’institution » compte plus de 2.000 membres, la pétition de soutien en ligne rassemble 21.000 signataires…
DÉCRYPTAGE – Avis de tempête confirmé sur Bétharram
En avril 1996, la révélation de nombreuses violences avait provoqué une première onde de choc, largement relayée par les médias. Puis, le silence avait repris le dessus, malgré la révélation d’agressions sexuelles. Jusqu’à ce début d’année 2025 : 29 ans après !

Pendant des générations, la menace d’être envoyé à Bétharram était brandie dans de nombreuses familles de la région pour tenter de calmer des enfants trop turbulents ou pour secouer ceux qui n’étaient pas assez vaillants à l’école. L’établissement avait une solide réputation pour sa discipline sans concessions capable de dompter les plus rebelles.
 
Bétharram était la « punition » redoutée par des générations. Mais, si l’on savait que les jeunes étaient formés à la dure, on a découvert des dérives lourdes de conséquences. Malgré des alertes concernant certaines pratiques, personne n’osait vraiment parler. Et ceux qui se plaignaient n’étaient pas vraiment entendus, encore moins écoutés, voire traités d’affabulateurs.
 
Lorsque le père d’un pensionnaire dépose plainte, fin janvier 1996, pour violences et « traitements inhumains et dégradants », c’est une onde de choc. On apprend alors que l’élève avait été giflé violemment début 1995, au point de perdre définitivement 40% de ses capacités auditives.
 
Tous les médias se sont alors emparés de cette affaire tant en Béarn et en Bigorre que dans le Grand Sud-Ouest. Et même sur le plan national : il faut dire que François Bayrou était alors ministre de l’Éducation nationale, et qu’il était originaire du village de Bordères, à seulement 11 km de cet établissement.
 
On a alors assisté à un véritable affrontement entre les personnes indignées par les violences dénoncées et les défenseurs de l’institution. Par cette opposition, tout était dit.
 
Quand en mai 1998, le père Carricart, ancien directeur de l’institution Notre-Dame de Bétharram, est mis en examen pour viol, puis écroué avant d’être libéré sous contrôle judiciaire, l’émotion est forte. Mais paradoxalement, les faits sont nettement moins médiatisés. La loi du silence est pesante et prend le dessus sur l’indignation. Même chose quand, au début de l’année 2000, le corps du père Carricart est retrouvé mort dans le Tibre, à Rome.

Il faudra donc attendre plus de 25 ans pour que « l’affaire Bétharram » revienne sous les projecteurs. Sous l’impulsion d’Alain Esquerre qui ouvre une page Facebook : « Les anciens du collège et lycée de Bétharram, victimes de l’institution ».
 
Cette initiative regroupe désormais plus de 2.000 personnes, à la fois des victimes et des soutiens. Les langues se délient et les plaintes d’anciens élèves se multiplient. La nouvelle médiatisation de l’affaire a accéléré l’enquête, conduisant à l’interpellation de 3 suspects. Deux d’entre-eux ont été relâchés en raison de la prescription des faits, soulevant une vraie colère. Ce collectif ne veut pas accepter cette prescription et recherche la manière de l’éviter, avec l’appui de juristes et en collaboration avec les magistrats.
 
De son côté, Mgr Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a jugé qu’il était indispensable que « la justice passe et fasse son travail, quelles que soient les personnes impliquées ». Ajoutant : « Je pense avant tout aux enfants victimes qui peuvent enfin s’exprimer et qui attendent d’être réparés. Il est primordial que la parole se libère et que tous ces anciens élèves soient enfin reconnus comme victimes, et restaurées dans leur dignité. C’est à ce prix que la confiance en l’Église sera restaurée ».
 
A noter aussi qu’une plainte pour « non-dénonciation de crime et délit » a été déposée à la gendarmerie de Capbreton, par un ancien élève de Bétharram, visant François Bayrou.
 
Une autre démarche mobilise largement : une pétition en ligne a collecté plus de 21.000 signataires. Outre le soutien aux victimes, elle demande la fermeture de l’établissement. « Après 112 plaintes de victimes contre des membres de l'établissement privé sous contrat de Bétharram, et plus récemment l'actualité qui démontre que François Bayrou, alors ministre de l'Éducation nationale, président du Conseil général et maire de Pau, lui-même avait eu connaissance de faits de violences physiques et sexuelles. Comment expliquer que l'immobilisme perdure ? Comment expliquer que cet établissement reste encore "sous-contrat" avec l'Éducation nationale ? Comment expliquer qu'il dispose d'un agrément jeunesse et sport lui permettant d'accueillir des groupes d'enfants ? » peut-on lire en introduction sur le site mesopinions.com 



Les signataires, au-delà d’apporter leur soutien aux victimes, exigent notamment que « l'Éducation nationale ouvre une enquête et que le temps de cette enquête l'établissement soit fermé ». Ils exigent également « que la justice ouvre une enquête pour des faits de non-dénonciation ! Combien de personnes étaient informées et n'ont pas agi ? ».
 
Les prochaines semaines seront décisives. Souhaitons que la Justice puisse avancer sereinement et apporter un peu de soulagement aux victimes.

Appel aux victimes récentes

Face à la prescription sur les faits dénoncés par les plus anciens, Alain Esquerre demande à d'autres personnes victimes de violences, d'abus ou de viols ces dernières années de se manifester auprès de l’association d’aide aux victimes de Pau, l’Apavim.

Une téléphonique est ouverte 7 jours sur 7, de 9 heures à 20 heures. Il faut appeler au 07 83 44 40 25.

Commentaires (2)


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JEAN-MARC MELLIER
il y a environ 13 heures -
Quel malheur ! Pour ma part j'étais scolarisé à l'institution Ursuya et interne au collège St Joseph (entre 1972 et 1976. Nous subissions Sévices et Attouchements (par un pion dont le nom commençait par T, il a été viré. Puis le Collège St Joseph, ... Où mon grand frère était scolarisé. Et là !!! Je ne puis tout raconter tellement nous en avons vécu des vertes et des pas mûres !!!... Honte à celles et ceux qui se sont tus...
eric
il y a environ 12 heures -
Et maintenant il y a aussi notre dame de Garaison dans le 65.

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