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Eau trouble, idées claires : les Landes plongent dans l’innovation

Face à la montée des micropolluants, le Département engage une expérimentation inédite afin de faire la lumière sur des polluants invisibles mais persistants.
L'unité pilote avec le laboratoire d'adsorption des micropolluants
Thibault Toulemonde Dept 40 DR
Ce test grandeur nature vise à filtrer l’invisible et préserver une ressource devenue aussi précieuse que fragile.

À première vue, l’eau qui s’écoule semble limpide. Pourtant, sous cette surface paisible, circulent des milliers de molécules discrètes, presque fantômes, mais loin d’être anodines. À la station d’épuration de Conte, à Mont-de-Marsan, le Département des Landes a décidé de plonger au cœur de cette pollution invisible en installant une unité-pilote mobile dédiée au traitement des micropolluants. Une initiative qui, à défaut de faire des vagues, pourrait bien changer la donne.


Depuis le début du mois d’avril 2026, et pour une durée de six mois, cette expérimentation teste différentes technologies pour tenter de capter ces substances issues des activités humaines. Pesticides, résidus médicamenteux, cosmétiques ou produits d’entretien : autant de traces du quotidien qui finissent dans l’eau, s’y accumulent et échappent encore en partie aux traitements classiques. Des composés parfois surnommés « polluants éternels », à l’image des PFAS (Substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), tant leur persistance dans l’environnement interroge.

Remonter à la source du problème

L'objectif est d'identifier les micropolluants pour ensuite en réduire la présence
Thibault Toulemonde Dept 40 DR

Conscient que la qualité de l’eau devient un enjeu aussi vital que délicat dans un contexte de dérèglement climatique, le Département des Landes explique avoir pris le sujet à bras-le-corps dès 2021. L’objectif était d’anticiper plutôt que de subir, en cherchant à préserver une ressource qui se raréfie tout en maîtrisant les coûts à long terme.


Après une première étude de faisabilité en 2022, puis un déplacement en Suisse l’année suivante pour observer des pratiques déjà avancées en la matière, la collectivité a progressivement affiné sa stratégie. Celle-ci repose sur une double approche : mieux identifier les micropolluants présents dans les eaux traitées et expérimenter des solutions concrètes pour en réduire la présence.

Cette démarche, présentée comme volontaire et innovante, s’inscrit dans un cadre plus large, avec le soutien de Agence de l’eau Adour-Garonne et de Région Nouvelle-Aquitaine, ainsi que la collaboration d’acteurs scientifiques tels que l’Université de Pau et des Pays de l’Adour ou encore l’Office International de l’Eau.

Tester pour mieux filtrer l’avenir

Thibault Toulemonde Dept 40 DR

Sur le terrain, l’expérimentation prend la forme d’un véritable laboratoire en plein air. Trois technologies sont ainsi passées au crible : l’adsorption sur charbon actif, l’oxydation avancée et la filtration membranaire. Combinées selon différentes configurations, elles sont testées pour mesurer non seulement leur efficacité, mais aussi leur pertinence économique et environnementale.

Le Département souligne avoir pris le temps de construire une méthodologie solide afin d’optimiser la durée des essais et d’obtenir des résultats fiables. Dans un premier temps, neuf combinaisons sont expérimentées sur deux catégories de molécules. Puis, les solutions les plus performantes seront soumises à une analyse élargie portant sur l’ensemble des typologies étudiées.

Au-delà de la performance pure, d’autres critères entrent en jeu, à savoir la consommation énergétique, les coûts d’exploitation, la formation des agents ou encore l'impact global des procédés. Une manière d’éviter de filtrer l’eau d’un côté tout en alourdissant l’empreinte écologique de l’autre.

Une eau plus claire pour des enjeux majeurs

Concentrats et perméats issus du pilote de filtration membranaire
Thibault Toulemonde Dept 40 DR

Cette phase de tests doit permettre d’atteindre un objectif ambitieux : réduire d’au moins 80 % la présence des micropolluants dans les eaux restituées au milieu naturel. Les résultats, attendus pour la fin de l’année 2026, devraient offrir une vision plus claire des solutions à privilégier.


Le site de Conte n’a cependant pas été choisi au hasard. Sa proximité avec l’hôpital de Mont-de-Marsan permet d’observer l’impact potentiel des rejets médicaux, tandis que des projets de réutilisation des eaux traitées, notamment pour l’irrigation, ouvrent des perspectives concrètes. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de dépolluer, mais aussi de repenser le cycle de l’eau dans son ensemble.

Pour le Département, cette expérimentation marque une étape décisive, celle du passage de la réflexion à l’action. La collectivité estime ainsi entrer dans une phase concrète qui doit lui apporter les connaissances scientifiques nécessaires pour orienter ses choix futurs. Elle considère également ce projet comme exemplaire à l’échelle nationale, tant par son ambition que par son approche collaborative.

Vivant dans une époque où chaque goutte compte, les Landes choisissent de ne pas laisser filer le courant. En s’attaquant à ces polluants invisibles, le territoire tente de rendre à l’eau ce qu’elle a de plus précieux, à savoir sa capacité à vivre, à nourrir et à circuler sans entrave. Car derrière cette expérimentation technique se dessine une réalité plus large qui esst celle d’un équilibre fragile entre usages humains et préservation des milieux.

Sébastien Soumagnas

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