Dans un contexte où l’industrie française ne représente plus que 10% des emplois, certaines entreprises continuent pourtant de tracer leur chemin. Somocap fait partie de celles-là. Discrète, mais solide, cette PME industrielle spécialisée dans les pièces techniques en caoutchouc et plastique poursuit son développement sans renier ses racines.
« Nous sommes la deuxième génération à la tête de Somocap », rappelle Fabrice Sorhouet, le président. « L’entreprise a été créée par notre père et notre oncle, qui ont pris un risque énorme à l’époque, déjà dans un contexte de désindustrialisation. »
Un héritage qui n’a rien d’évident. Car depuis trente ans, la tendance ne s’est pas inversée. Au contraire. « Aujourd’hui, la dynamique industrielle reste fragile, voire morose », constate-t-il. « Mais nous avons fait le choix de continuer à investir. »
Un choix qui se matérialise aujourd’hui avec l’ouverture d’un nouveau site de production à Villefranque. Une décision structurante pour l’avenir de l’entreprise.
On ne peut pas parler de production sans parler d’engagement
Pour Stéphanie Sorhouet, co-dirigeante en charge notamment des enjeux RSE, cet investissement dépasse la seule logique économique. « Produire ici, ce n’est pas simplement fabriquer des pièces. C’est faire vivre un territoire, maintenir des compétences, créer du lien », explique-t-elle. « On ne peut pas parler de production sans parler d’engagement. »
L’ancrage local n’est pas un argument marketing, mais une réalité quotidienne. « 92 % de nos fournisseurs sont en France », précise-t-elle. « Et la grande majorité de nos clients aussi. Nous avons fait ce choix de proximité. »
Un modèle qui prend tout son sens dans un monde marqué par les crises et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. « On a vu avec les dernières années que dépendre de l’autre bout du monde pouvait fragiliser toute une activité », ajoute Stéphanie Sorhouet. « Produire localement, c’est aussi une forme de résilience. »
La croissance de Somocap posait une équation simple : comment continuer à se développer sans quitter le territoire ? « Le site historique de Jatxou était saturé », explique Fabrice Sorhouet. « À un moment donné, on ne pouvait plus pousser les murs. Il fallait trouver une solution. » Cette solution, ce sera Villefranque. « La Communauté d’agglomération nous a permis d’accéder à un terrain », souligne-t-il. « Sans cela, le projet aurait été beaucoup plus compliqué. »
Mais investir six millions d’euros dans un nouvel outil de production n’a rien d’anodin. « Dans le contexte actuel, c’est forcément une prise de risque », reconnaît-il. « Mais c’est une prise de risque réfléchie, construite. » Un pari sur l’avenir, mais aussi sur un modèle industriel.
L’usine, ce n’est pas que des machines
À Villefranque, le nouveau site ne se résume pas à augmenter les capacités de production. Il redéfinit aussi l’organisation de l’entreprise. « Nous avons séparé les activités », explique Fabrice Sorhouet. « Le plastique est désormais produit ici, tandis que le caoutchouc reste à Jatxou. Cela nous permet d’être plus efficaces. »
Mais pour Stéphanie Sorhouet, l’essentiel est ailleurs : « L’usine, ce n’est pas que des machines. C’est aussi un lieu de vie, un environnement de travail. » Le bâtiment a été conçu dans cette optique : structure bois-béton, luminosité, confort thermique, espaces adaptés. « On a voulu créer un cadre agréable », dit-elle. « Parce que cela joue directement sur l’attractivité des métiers. »
Un enjeu majeur dans l’industrie. « Aujourd’hui, recruter est un vrai défi », reconnaît-elle. « Si on veut attirer, il faut aussi proposer autre chose qu’un simple poste. »
Dans l’atelier, cette réalité prend forme chaque jour. Élisabeth, salariée de l’entreprise, en témoigne. « Ce qui m’a marquée en arrivant ici, c’est la diversité du travail », raconte-t-elle. « On ne fait jamais exactement la même chose. Chaque pièce est différente. » Une richesse, mais aussi une exigence. « Il faut être précis, rigoureux », explique-t-elle. « On travaille souvent sur des pièces techniques, avec des contraintes importantes. »
Mais au-delà de l’aspect technique, c’est l’ambiance qui revient dans son discours. « On est une équipe », dit-elle simplement. « Il y a de l’entraide. » Un élément clé dans un secteur parfois perçu comme dur ou peu attractif. « L’image de l’industrie ne correspond pas toujours à la réalité », ajoute Élisabeth. « Ici, on travaille dans de bonnes conditions. »
Sans production, il n’y a pas d’économie locale
L’évolution industrielle ne se focalise pas uniquement aux volumes ou aux machines. Elle passe aussi par les pratiques.« Nous travaillons sur la réduction de notre impact », explique Stéphanie Sorhouet. « Cela passe par des choix techniques, mais aussi par des projets collectifs. »
Parmi eux, le projet Iparla, qui vise à revaloriser les déchets plastiques. « L’objectif est d’éviter le gaspillage et de réduire notre consommation de matière », précise-t-elle. Une démarche qui s’inscrit dans une transformation plus large du secteur. « L’industrie doit évoluer », affirme-t-elle. « Elle doit être plus responsable, plus sobre. » Un enjeu qui concerne directement l’avenir de la production.
Derrière les décisions de Somocap, il y a une vision claire. « Sans production, il n’y a pas d’économie locale », affirme Fabrice Sorhouet. « Et sans économie locale, il n’y a pas de vie. » Un constat qui dépasse largement le cadre de l’entreprise. « On parle souvent des grands groupes, mais la réalité, ce sont aussi des PME comme la nôtre », poursuit-il. « Nous sommes nombreux à produire, à notre échelle. »
Une multitude d’acteurs qui composent un tissu industriel essentiel, mais parfois invisible. « Ce sont ces entreprises qui créent de l’emploi, qui forment, qui transmettent », insiste-t-il. « Si elles disparaissent, c’est tout un écosystème qui disparaît. »
Continuer à produire… et à croire
Avec son nouveau site, Somocap ouvre une nouvelle phase de son développement. L’objectif est d'atteindre sept millions d’euros de chiffre d’affaires dès 2026, puis neuf millions à l'horizon 2029. « Cela passera par une montée en puissance progressive », explique Fabrice Sorhouet. « Et par de nouveaux recrutements. »
Mais au-delà des chiffres, c’est une trajectoire qui se dessine. « Nous voulons continuer à produire ici », affirme-t-il. Un choix qui peut sembler évident, mais qui ne l’est pas toujours dans le contexte actuel. « Il serait parfois plus simple de faire autrement », reconnaît-il. « Mais ce n’est pas notre vision. »
Une vision partagée par Stéphanie Sorhouet : « Produire ici, c’est un engagement. C’est aussi une responsabilité. » Et vécue concrètement par celles et ceux qui font tourner l’entreprise au quotidien, comme Élisabeth. « On voit que l’entreprise avance », dit-elle. « Et ça donne envie de s’impliquer. »
À Villefranque, l’usine Somocap ne se résume pas à un bâtiment flambant neuf. Elle est le symbole d’un choix. Celui de croire que la production a encore un avenir ici, ce qui, à l'échelle d'un territoire... change tout.
Sébastien Soumagnas
En chiffres
1990 : année de création
6,2 millions : chiffre d'affaires 2025
9 millions : objectif de CA à l'horizon 2029
55 : nombre de salariés
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Somocap DR

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