Rien ne prédestinait forcément Rosabelle Forzy à croiser la route du dernier fabricant historique de bérets béarnais, si ce n’est un ADN entrepreneurial profondément ancré.
« Le commerce est dans l’ADN familial : mon père reprenait des entreprises en difficulté, donc j’ai toujours baigné dans cet univers-là, un peu comme les familles de médecin. Je m’étais toujours dit que je me tournerais un jour vers l’entrepreneuriat, j’en ai toujours eu envie. J'ai eu la chance de ne pas ressentir cette appréhension ni ces barrières face au défi de reprendre une entreprise en restructuration ».
Après un passage en école de commerce, elle fait ses armes chez le géant de la tech Oracle, évoluant comme ingénieure commerciale puis gestionnaire de grands comptes. « Ça a été un boulot passionnant, mais après avoir passé le cap de la trentaine, j’avais besoin d’une activité qui avait plus de sens pour moi. Je me suis donc mise à la recherche d’une entreprise à reprendre », confie-t-elle.
L’évidence surgit lorsqu’elle découvre Béatex un peu par hasard. Le site, le gave, les machines et le savoir-faire séculaire de spécialiste du feutre en forme la captivent immédiatement.
Nichée au pied des Pyrénées à Oloron-Sainte-Marie, la Maison Laulhère perpétue depuis 1840 un patrimoine artisanal unique en son genre.
Seule manufacture historique à maintenir 100 % de sa production sur le sol français, elle a érigé les gestes d'autrefois au rang de véritable art de vivre. 175 000 pièces y sont fabriquées chaque année.
En 2012, elle reprend les rênes et rebaptise l’entreprise Laulhère, renouant avec son patronyme d’origine. « Avec la reprise de cette société, le challenge était surtout de permettre à ce produit de 180 ans de perdurer dans le temps comme le savoir-faire des salariés. Ce qui m’a le plus interpellé, ce sont le savoir-faire et les équipes de l’entreprise. Les salariés sont passionnés et leurs gestes sont magnifiques », souligne-t-elle.
Chaque jour, elle porte fièrement un accessoire Laulhère, fidèle à son souhait le plus cher : permettre à chacun de choisir le matin l'accessoire parfait pour se sentir bien, confiant et d'affirmer sa propre personnalité.
L'art d'allier tradition et modernité
En quelques années, Laulhère a connu un second souffle sous l’impulsion de la nouvelle directrice. Loin de se contenter de faire tourner une « usine-musée », la cheffe d'entreprise choisit d’innover sans cesse tout en préservant l’exigence et la qualité de chaque produit.
La fabrication d'un béret Laulhère requiert plusieurs jours de travail et une succession de métamorphoses minutieuses.
À partir de la laine mérinos la plus pure, le tissu est tricoté puis feutré sous l'action combinée de l'eau, de la chaleur et du frottement, conférant au feutre sa densité, sa douceur et ses propriétés imperméables incomparables. S'ensuivent le grattage, la teinture sur mesure, puis le garnissage intérieur.
Chaque pièce passe entre les mains d'artisans chevronnés qui ajustent le cuir, brodent le blason et cousent la coiffe avec une précision d'orfèvre, faisant le lien entre tradition militaire, accessoire populaire et pièce d'exception de la mode contemporaine.
« Mon job, c’est d’avoir une vision commune, de toujours regarder plus loin, sortir un peu la tête du guidon comme on dit. Et à chaque décision, les valeurs de l’entreprise sont prises en compte : la durabilité du produit, l’impact social et écologique. Dans les moments difficiles, ce sont ces éléments qui font qu’une entreprise dure dans le temps », analyse Rosabelle.
Grâce à sa volonté d'offrir un panel d’accessoires très divers, de l’écharpe au bonnet, en passant par le sac, la casquette et les mitaines, la marque a su transformer l'accessoire de nos grands-pères en une pièce mode élégante et intemporelle.
Porté aussi bien par les stars hollywoodiennes que par l'étudiant ou le jazzman, le béret Laulhère n'a ni frontière ni limites.
« Mon ambition pour Laulhère, c’est que chaque matin, nos clients choisissent leur béret comme on exprime son humeur : avec le désir de porter l’accessoire parfait pour se sentir bien, fort et confiant toute la journée », assure Rosabelle.
Un ancrage territorial viscéral
Pour la cheffe d’entreprise, impossible d’imaginer Laulhère ailleurs que dans les Pyrénées-Atlantiques.
Portée par une vision axée sur la durabilité et l'impact social et écologique, Rosabelle se définit volontiers comme une « passeuse d'histoire ».
Malgré les défis constants, notamment celui du recrutement, elle continue de regarder droit devant.
« Ce qui fait ce béret, c’est l’environnement autour de l’usine, l’eau du Gave d’Oloron, les salariés… Je ne me vois pas autre part. C’est une réelle fierté de faire perdure un savoir-faire séculaire là où il est né », affirme-t-elle.
L’entreprise, qui emploie 48 salariés pour un chiffre d'affaires de 5,4 millions d'euros, obtient dès 2013 le précieux label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV). Une consécration pour les équipes et pour la reconnaissance de ce travail hors du commun : « Notre plus grande fierté, c’est d'offrir une véritable reconnaissance au savoir-faire et au travail de nos équipes. C’est leur dire : ton geste est rare, précieux, et contribue à fabriquer un produit d'exception. Chez nous, ces gestes ne s’apprennent à l’école, ils se transmettent de main en main, portés par la passion ».
Les produits Laulhère sont à retrouver sur le site internet, mais également dans plusieurs boutiques : au magasin d'usine Musée du Beret à Nay, à la boutique du Béret à Bayonne, au Gantelet du Roy, au parapluie des Pyrénées ou la maison Izard à Pau et dans la boutique Souviron-Palas d'Oloron-Sainte-Marie (liste non exhaustive).
Noémie Besnard
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N.B

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