Abonnez-vous
Publié le Mis à jour le

Gérald Lagouanère, premier et seul Maître artisan d'art en armurerie

Installé à Saint-Cricq-Villeneuve, à l'ouest de Mont-de-Marsan, il répare et rénove des armes de tir modernes et des armes historiques de collection. Un métier rarissime, prisé par les musées et collectionneurs du monde entier...
Gérald Lagouanère dans son atelier.Photo : Armurerie Atelier Renov'Armes.
Bien que le carnet de commandes de Gérald Lagouanère ne s'amaigrisse pas, l'armurier se préoccupe de l'avenir de son métier : de moins en moins de passionnés pour le faire perdurer, et de plus en plus de restrictions concernant les armes à feu...

Gérald Lagouanère est un passionné. Il est la définition même de ce terme. Né à Mont-de-Marsan en 1967, il fait toute sa vie à cheval entre les Landes et le Gers. Un parcours post-Bac tumultueux, avec de nombreuses formations et autant de diplômes, mais avec toujours dans un coin de sa tête l'envie de travailler autour des armes. « Au départ, je songeais à faire une carrière militaire », commence-t-il. « Et puis finalement, après mes différentes expériences et formations, j'ai pu intégrer la seule école pour devenir armurier, à Saint-Étienne ».

Cette envie de devenir armurier, Gérald Lagouanère l'a depuis ses 6 ans. « À l'époque où j'habitais au Château du Cieutat, j'ai découvert un outil bizarre. J'ai appelé mon père pour qu'il m'explique ce que c'était, et il m'a raconté que c'était un étau d'armurier : à quoi ça servait, comment on l'utilisait, etc. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai adoré ça ! Il était inutilisable, alors mon père me l'a bricolé et c'est devenu ma principale occupation pendant mon enfance », explique celui qui travaillait alors simplement le métal, sans toucher aux armes. « Mais la passion pour les armes est vite arrivée aussi, avec la chasse et à force de m'intéresser au métier d'armurier. D'ailleurs je me souviens de mon père qui m'avait dit, pour parler de ce métier, que c'était le plus beau métier du monde ! »

Après son passage par Saint-Étienne, il obtient l'agrément pour s'occuper de fusils de chasse, et souhaite s'installer dans les Landes, sa terre natale. « Ça a été compliqué pour s'installer, car il faut montrer patte blanche ! Il fallait que mon casier judiciaire soit totalement vierge, le maire du village a été consulté pour avoir son avis, la DGSI a mené une enquête sur moi, et c'est même allé jusqu'à l'ARS qui a dressé un bilan psychiatrique pour être sûr que je n'avais pas de problème à ce niveau-là ». Toutes les démarches faites, c'est en 2012 que l'activité de Gérald Lagouanère se lance réellement.

Photo : Armurerie Atelier Renov'Armes.
Photo : Armurerie Atelier Renov'Armes.

C'est donc d'abord autour des fusils de chasse que l'Armurerie Atelier Renov'Armes centre son activité. C'est seulement au bout de trois ans que Gérald Lagouanère s'ouvre à plus d'armes, grâce au feu vert de la Direction Générale de l'Armement (DGA). « Puis en 2020, le Covid. Mon Chiffre d'Affaires s'est effondré, et il a fallu que je trouve une solution. Alors j'ai eu l'idée de me repositionner et de m'ouvrir à un travail plus artistique, en restaurant des armes anciennes ». Il travaille alors avec des collectionneurs passionnés, mais aussi avec des conservateurs de musée. « Ça m'a amené à travailler sur des armes incroyables. J'ai par exemple restauré un fusil de la Cour de Louis XV, et un autre qui avait appartenu à Arthur Rimbaud ».

Des armes uniques, rares, qui nécessitent une attention toute particulière. « Je n'ai pas le droit d'utiliser des outils ou des produits plus récents que l'époque des armes. Donc cela demande beaucoup de recherches, et ensuite il faut parfois que je fabrique les outils et les produits. Je dois aussi fabriquer des pièces parfois, qui ne se trouvent plus en vente nulle part. Le tout est de pouvoir rendre les armes utilisables à nouveau, notamment pour les musées, puisqu'en plus de l'objet de collection, cela permet de transmettre la mémoire des techniques et des connaissances d'antan ».

Son expérience et ses compétences l'ont amené à décrocher le titre de Maître Artisan d'Art en armurerie. Une distinction rare, d'autant plus que dans son domaine, Gérald Lagouanère est le seul au monde, pour l'instant. « Pour la petite anecdote, j'ai notamment utilisé l’étau de mon enfance pour réaliser quelques pièces que je devais présenter dans le cadre de cette distinction. C'est un beau symbole », se réjouit le passionné, très fier d'avoir décroché ce titre.

Et de son propre aveu, cette réorientation vers les armes historiques est une décision importante pour son activité. « C'est ce qui prend la majeure partie de mon activité aujourd'hui, et heureusement que j'ai ça ! Parce que l'activité liée aux armes de tir est plus difficile... Il y a l'inflation qui nous touche et qui touche les chasseurs et passionnés qui achètent moins d'armes, il y a une perte de passion pour les armes à feu chez les nouvelles générations aussi, une priorisation de la fabrication d'armes militaires plutôt que civiles à cause des conflits du monde, etc. Je ne conseillerai pas à mon fils d'être armurier pour être honnête », confie-t-il.

En attendant, sa pluralité entre les armes modernes et les armes historiques permet à Gérald Lagouanère de faire tourner l'Armurerie Atelier Renov'Armes, avec une passion palpable et une notoriété internationale. « Quand le père de ma femme était sur son lit de mort, je lui ai fait la promesse, un jour, de devenir un armurier réputé. Ça m'a beaucoup aidé à avancer et à tout faire pour tenir ma promesse ». Et même si aujourd'hui cette promesse est devenue réalité, Gérald Lagouanère ne s'empêche pas de rêver plus grand, et souhaite désormais pouvoir travailler avec le Louvre, rien que ça...

Timothé Linard

Plus d'informations sur le site internet de l'Armurerie Atelier Renov'Armes

Commentaires


Réagissez à cet article

Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire