Dans la zone des Joncaux, à Hendaye, les machines tournent et la matière se transforme. Derrière ces portes d’atelier se fabrique une industrie discrète mais essentielle. Chez Uzitek, la mécanique de précision est au cœur de l’activité : tournage, fraisage, fabrication d’outillages ou de pièces techniques destinées à l’aéronautique, au médical, au nautisme ou encore à l’industrie générale.
Des pièces que le grand public ne voit presque jamais… mais sans lesquelles de nombreux secteurs ne pourraient tout simplement pas fonctionner. « Notre métier consiste à fabriquer les pièces ou les outils qui permettent de produire d’autres objets. Derrière chaque appareil ou objet du quotidien, il y a forcément une fabrication industrielle », explique Jacques Battiston, fondateur de l’entreprise.
Créée en 2007 sous le nom de JB Méca, l’entreprise a progressivement grandi pour devenir Uzitek en 2023, après la fusion de plusieurs ateliers et le regroupement des équipes dans un nouveau bâtiment à Hendaye.
Produire ici, un choix assumé
Pour Jacques Battiston, produire au Pays Basque n’a jamais été un hasard. C’est un choix. « Pour moi, il était important d’être au Pays Basque, de fabriquer au Pays Basque et de pouvoir s’y pérenniser. Développer une activité économique ici, c’était essentiel. »
Cet attachement au territoire est aussi une manière de préserver un savoir-faire industriel. « Nous faisons en sorte de développer l’emploi local et de maintenir ce savoir-faire dans notre métier. Sinon, il aura tendance à partir ailleurs. Parfois simplement vers d’autres régions françaises, mais parfois beaucoup plus loin. »
Dans un secteur très concurrentiel, rester ancré localement signifie aussi s’inscrire dans un réseau industriel régional. Selon Thomas Battiston, co-gérant de l'entreprise, « nous essayons de travailler en circuit court. Entre le Pays Basque sud, Pau, Bordeaux ou Toulouse, on arrive à trouver la plupart de nos fournisseurs, que ce soit pour la matière première ou pour certains traitements industriels. »
Une histoire d’atelier devenue entreprise
L’aventure Uzitek commence modestement. En 2007, Jacques Battiston lance son activité seul, à Jalday, près de Saint-Jean-de-Luz.
Très vite, un premier salarié le rejoint. Puis son fils Thomas arrive en 2011, après des études en génie mécanique. « Nous nous sommes retrouvés à trois pendant quelque temps. Et assez rapidement, une opportunité s’est présentée : nous avons racheté une petite société à Biarritz, ce qui nous a permis d’acquérir nos deux premières machines numériques. »
Ce tournant marque une nouvelle étape dans le développement de l’entreprise. « Grâce à ces machines, nous avons pu réaliser des pièces plus complexes et accepter davantage de volumes. L’activité s’est développée et nous avons embauché » explique Thomas.
Au fil des années, d’autres opportunités apparaissent, notamment avec la reprise d’un atelier dont le dirigeant part à la retraite.
Pendant un temps, l’entreprise fonctionne alors sur deux sites distincts. Jacques Battiston détaille « nous avions deux petites unités de cinq ou six personnes. Ce n’était pas très pratique. Nous avons donc décidé de regrouper toutes les équipes ici, à Hendaye, et de créer Uzitek. »
Un regroupement qui marque une nouvelle phase de croissance. « À partir de là, l’entreprise a été perçue différemment, notamment par l’ampleur du parc machines et des moyens humains. »
Ces pièces invisibles qui font tourner l’industrie
La mécanique de précision reste un univers largement méconnu du grand public. « Notre métier est très peu connu parce que le travail se fait à l’intérieur de l’atelier et reste peu visible », reconnaît Jacques Battiston.
Pourtant, ces PME jouent un rôle clé dans de nombreux secteurs industriels. « Quand on pense à Airbus ou à Dassault, on imagine souvent qu’ils fabriquent eux-mêmes toutes leurs pièces. En réalité, ils s’appuient énormément sur un réseau de PME. Si on retirait tout ce tissu d’entreprises qui travaillent pour eux, ce serait très compliqué. Nous collaborons aussi avec des entreprises locales comme Emeca et Lecomble&Schmitt, du groupe Artzainak. »
Dans l’atelier Uzitek, on fabrique ainsi des outillages industriels, des supports, des moules ou des pièces mécaniques intégrées dans des ensembles plus complexes. Thomas explique « nous produisons souvent des pièces que le public ne verra jamais, parce qu’elles sont intégrées dans des systèmes plus grands. Mais elles sont indispensables. »
Pour continuer à produire localement, l’innovation reste un enjeu permanent.
Ces dernières années, Uzitek a engagé une transformation importante : modernisation des machines, digitalisation des processus et mise en place d’un nouvel ERP pour piloter la production. « Autrefois, précise Jacques Battiston, un client nous envoyait un plan papier par fax. Aujourd’hui, nous recevons directement un fichier 3D. Nous devons donc investir dans des logiciels capables de traiter ces données et de générer les programmes d’usinage. »
Cette évolution technologique permet à l’entreprise de rester compétitive dans un environnement international très concurrentiel. « Nous sommes en permanence en concurrence avec d’autres industriels. L’automatisation et la modernisation nous permettent de gagner en productivité, de réduire les défauts et de maîtriser les coûts et les délais. »
Attirer les jeunes vers l’industrie
Autre enjeu majeur : la transmission et le renouvellement des compétences. « Nos métiers ne sont pas visibles. Nous ne sommes pas en vitrine, nous sommes dans des ateliers », observe Thomas Battiston.
Pour attirer les jeunes, Uzitek mise sur la pédagogie et la modernisation de l’environnement de travail. « Nous expliquons aux jeunes qu’on part d’une matière brute pour la transformer en une pièce finie qui aura une fonction précise. Quand ils comprennent cela, cela les interpelle. »
L’image de l’atelier évolue également. « Aujourd’hui, on trouve des écrans partout, des machines numériques, de la robotisation. Il faut sortir de l’image de l’atelier sombre et sale. Ce sont des métiers techniques et informatisés. » Pour Thomas Battiston, cette transformation rapproche désormais production et ingénierie. « La frontière entre production industrielle et ingénierie se réduit de plus en plus. »
Si produire au Pays Basque reste possible, certains obstacles persistent. Le premier concerne le logement. Et Jacques Battiston peut en témoigner. « Nous avons recruté des jeunes qui ne sont pas originaires de la région. Très vite, la question du logement arrive. Le prix du foncier et la difficulté à se loger sont de véritables freins. »
Cette situation oblige parfois les salariés à s’éloigner du lieu de travail. « Cela entraîne des problèmes de transport et complique le recrutement. »
Autre enjeu : l’image des métiers industriels. « Ils sont souvent perçus comme pénibles ou peu valorisants. Il faudrait mieux les présenter aux jeunes et ouvrir davantage les entreprises aux scolaires. »
Rendre visible ceux qui produisent
Pour Thomas Battiston, donner la parole aux entreprises industrielles reste essentiel. « Ce n’est pas seulement parler d’économie. C’est aussi parler de ce qui fait vivre un territoire. » Car derrière chaque atelier se joue aussi une part de la vitalité locale. « Produire ici, au Pays Basque, c’est maintenir l’emploi, les familles et une forme de richesse locale. »
Et dans cette mécanique collective, chaque entreprise compte. « Beaucoup de gens ne connaissent pas nos métiers, ni les contraintes auxquelles nous faisons face. Pourtant, ce sont toutes ces entreprises qui contribuent à faire vivre l’économie du territoire. »
À Hendaye, chez Uzitek, la matière brute continue donc de se transformer chaque jour en pièces de haute précision. Un travail discret, mais essentiel. Car sans production, il n’y a tout simplement pas de vie économique.
Sébastien Soumagnas
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Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.
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