Les jeunes ont à peine retrouvé les bancs de l’école que Biarritz change déjà de rythme. Du 10 au 20 septembre, la ville et le Pays Basque font leur rentrée culturelle avec la 36e édition du Temps d’Aimer la danse. Onze jours pour remettre le corps en mouvement, investir les scènes comme les espaces publics et rappeler que la danse sait décidément sortir du cadre.
Depuis sa création en 1991 par Biarritz Culture et son président Jakes Abeberry, le festival a creusé son sillon parmi les grands rendez-vous chorégraphiques. Les premières éditions avaient donné le ton avec des compagnies prestigieuses, du Ballet de Monte-Carlo au Ballet du Kirov, de William Forsythe à Ohad Naharin, sans oublier les grandes figures internationales de la danse.
Mais Le Temps d’Aimer n’a jamais voulu rester enfermé dans une seule case chorégraphique. Son histoire est aussi celle d’une ouverture progressive aux différents vocabulaires du mouvement, du néoclassique au contemporain, du flamenco au hip-hop, sans oublier la danse basque et ses multiples expressions.
Une grande leçon de diversité
Cette liberté constitue encore aujourd’hui la principale marque de fabrique du festival. En 2026, pas moins de 19 compagnies sont invitées, avec une programmation qui fait dialoguer danse classique, néoclassique, contemporaine, urbaine et traditionnelle.
La création sera notamment au rendez-vous avec Summerland, de Benjamin Millepied et November Ultra, qui ouvrira le festival. Lucia Lacarra, figure internationale de la danse originaire du Pays Basque, présentera Lost Letters avec son ballet. Le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux, la Compagnie Hervé Koubi, Rachid Ouramdane ou encore le Malandain Ballet Biarritz participeront également à cette grande rentrée chorégraphique.
Le répertoire aura lui aussi voix au chapitre, avec notamment L’Oiseau de feu, Boléro et Minuit et demi, ou le Cœur mystérieux du Malandain Ballet Biarritz. Le concept est de faire cohabiter les classiques et les écritures d’aujourd’hui, sans jamais demander à la danse de choisir son camp.
L’une des particularités du Temps d’Aimer est justement de ne pas se contenter de faire tourner les compagnies sur une seule scène. Le festival s’est progressivement déployé sur le territoire et investit désormais 18 communes, de Biarritz à Mauléon, Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint-Palais ou Louhossoa, mais aussi au-delà de la frontière, avec des artistes du Pays Basque sud.
Neuf compagnies d’Iparralde et d’Hegoalde figurent ainsi dans la programmation. Bilaka Kolektiboa, Haatik Dantza, Lasala, La Cavale, Jone San Martin ou encore Mizel Théret participent à cette mise en mouvement d’un patrimoine chorégraphique basque qui ne cesse de se réinventer.
La danse devient alors un véritable trait d’union. Entre les générations, entre les territoires, entre tradition et création, entre les habitués des théâtres et ceux qui découvrent l’art chorégraphique au détour d’une place ou d’un jardin.
Quand la ville devient salle de spectacle
Avec le Temps d’Aimer, pas besoin de pousser les portes d’un théâtre pour entrer dans la danse. Et non ! Depuis les années 2000, le festival a largement investi l’espace public, avec des spectacles, des rencontres, des répétitions et des happenings. En 2026, plus de 40 rendez-vous gratuits sont annoncés.
Le symbole le plus spectaculaire reste la Gigabarre. Le long de l’océan, la Grande Plage se transforme en immense salle de cours à ciel ouvert. Petits et grands, débutants ou danseurs confirmés, sont invités à enfiler baskets ou chaussons pour participer à cette grande barre collective. Une façon symbolique de lever les barrières entre scène et public et de rappeler que la danse est faite pour tous.
Cette volonté d’élargir les publics se retrouve également dans les actions de médiation, les ateliers, les rencontres « À vous de danser », les répétitions publiques et les propositions destinées aux familles et au jeune public.
Dernier mouvement pour Thierry Malandain
Cette 36e édition aura cependant une résonance particulière. Thierry Malandain, directeur artistique du festival depuis 1998 et directeur du Malandain Ballet Biarritz, vivra son dernier Temps d’Aimer avant de passer le relais au chorégraphe basque Martin Harriague le 1er janvier 2027.
Une page se tourne donc après près de trois décennies au rythme du festival. Depuis l’intégration du Temps d’Aimer au Centre Chorégraphique National Malandain Ballet Biarritz en 2021, la manifestation a poursuivi son évolution, notamment avec une transition écoresponsable et un rayonnement territorial renforcé.
Réduire son empreinte carbone, sensibiliser les publics aux enjeux environnementaux, soutenir la création, accompagner les jeunes talents, défendre la diversité culturelle et faire vivre les patrimoines chorégraphiques : derrière les spectacles, le festival entend continuer à jouer collectif.
Pour cette dernière édition sous la direction de Thierry Malandain, Biarritz s’offre donc une rentrée en mouvement. Une rentrée sans devoirs sur table, mais avec beaucoup de travail du corps... sans cahier à remplir, mais avec une scène à investir. Et surtout, un festival qui, depuis plus de trente ans, continue de donner envie au public de prendre part à la danse.
Sébastien Soumagnas



Le Temps d'Aimer DR

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