La légende raconte que Salies-de-Béarn doit sa fortune à un sanglier blessé qui, venu mourir dans un marécage, en ressortit recouvert de cristaux scintillants. En murmurant dans un dernier souffle « Si io no m’èra mourt, arren n’y coustèra » (si je n'y étais mort, personne n'y salerait), l'animal léguait aux habitants une richesse inestimable.
Depuis l'âge du bronze, cette eau dix fois plus salée que celle de l'océan façonne les destins, irrigue les chairs des fameux jambons de Bayonne et forge l’identité d’un territoire jaloux de ses privilèges. L'or blanc n'est pas une simple ressource minérale pour les Salisiens, c'est une âme qui se transmet de génération en génération.
Cette histoire d'amour entre une cité et sa saumure s'est écrite au prix de luttes acharnées et d'une organisation sociale unique en son genre. Dès 1587, le célèbre Règlement de la Fontaine scelle le destin de la communauté en instaurant le système des Partagants : seuls les descendants des anciennes familles de la ville conservent le droit d'exploiter cette eau miraculeuse.
À travers les siècles, malgré les guerres, les révolutions et les crises économiques, les habitants ont défendu leur bien le plus cher avec une ténacité toute béarnaise. Les poêles à sel ont continué d'évaporer l'eau profonde pour en extraire une fleur de sel d’une pureté incomparable, faisant rayonner la petite ville bien au-delà de ses frontières pyrénéennes.
Un héritage à célébrer
Organisé par la Jurade du sel, cet héritage vibrant s'apprête une fois de plus à embraser les ruelles médiévales lors d'un rassemblement désormais incontournable.
Les festivités s'ouvriront dans une ambiance chaleureuse avec le marché des producteurs et les premières notes de musique traditionnelle qui résonneront sous les platanes.
Le moment fort du début du week-end verra l'intronisation des nouveaux ambassadeurs du sel, garants du respect des traditions, avant que la place du Bayaà ne transforme ses pavés en théâtre d'un spectacle haut en couleur.
Les spectateurs retiendront leur souffle lors du très attendu championnat du monde de port de la pègue, cette éprouvante course où les coureurs portent à bout de bras des conches remplies de saumure, rendant un hommage athlétique au travail harassant des anciens tiradors (porteurs de sel).
La célébration atteindra son paroxysme le dimanche lors du grand corso fleuri, véritable chef-d’œuvre d'art populaire préparé dans le plus grand secret pendant des mois par les associations locales.
Les chars minutieusement décorés de milliers de fleurs en papier de soie serpenteront dans la foule en liesse, accompagnés par les bandes de musiciens, les danseurs en costume traditionnel et les confréries gastronomiques venues de toute la région.
Les rires, les chants béarnais et les odeurs de grillades envelopperont la cité thermale dans une atmosphère de convivialité intemporelle, prouvant que le sel de la terre est avant tout celui de l'amitié.
Noémie Besnard



Jurade du sel

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