En officialisant le 7 juillet dernier son Contrat d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) 2026-2030 avec l’État, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour se donne les moyens de restructurer en profondeur son offre académique et scientifique.
Cette feuille de route vise à adapter l'université aux mutations sociétales et environnementales, tout en garantissant un cadre de vie sain et solidaire pour ses effectifs.
En parallèle, l’établissement prépare son évaluation par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), qui portera sur la période 2021-2025. « Cela faisait six ans que nous n’avions pas été évalués, commente Laurent Bordes. Nous avons déjà débuté le travail sur l’autoévaluation à travers trois grands axes : la recherche, la formation et l’établissement en lui-même. Ces rapports d'autoévaluation, qui doivent porter un regard argumenté et critique sur nos résultats et notre efficience, seront déposés le 14 décembre 2026 pour la recherche, puis le 25 janvier 2027 pour l’établissement. Les visites s'enchaîneront au début de l'année 2027 pour une publication des rapports définitifs fin 2027. ».
L'analyse couvrira ses 16 unités de recherche, la fédération IPRA, ses formations ainsi que l'ensemble de sa gouvernance.
S’adapter aux défis de demain
« La signature du COMP 2026-2030 est une étape importante pour notre établissement, car ce document donne une nouvelle trajectoire pour l’UPPA, avec un certain nombre de défis à relever, souligne Laurent Bordes, président de l’UPPA. Ce nouveau contrat est assez différent du précédent : nous avons vraiment fait un travail de fond pour voir les défis que nous aurions à relever ces prochaines années. Ce contrat a été construit pour permettre à l’UPPA d’absorber ces chocs. Nous en avons identifié six, à commencer par une baisse de la démographie étudiante sur tous les campus d’ici à 2032-2033, soit 1 300 étudiants en moins. Autre défi : d’ici dix ans, l’UPPA verra 47 % de son personnel quitter l’université. Nous devrons donc renouveler la moitié de notre personnel. »
Pour répondre à ce recul démographique, l'université adapte son offre pour la rendre plus robuste, n'hésitant pas à réguler les parcours en tension ou plus fragiles.
« Nous avons mis en place une méthodologie de transformation de l’offre de formation pour la rendre plus robuste aux évolutions à venir, poursuit le président. Certaines formations sont en tension, d’autres connaissent des fragilités, ce qui va nous amener à réguler notre offre. »
Des parcours repensés
La dynamique pédagogique se manifeste dès cette rentrée avec le lancement de la réforme de la formation initiale des enseignants, illustrée par le succès des nouveaux parcours de Licence et Master professorat des écoles.
Des parcours dédiés et des "colorations" sont également déployés au sein des licences disciplinaires comme LLCER et Basque.
L'offre de formation s'enrichit aussi au Collège STEE (Master Microbiologie, 3e année Isanum en alternance, LP Animateur QSE), au Collège SSH (L3 STAPS Management du sport en alternance à Tarbes, LP Gestion de patrimoine, DU Expertise judiciaire et DU Médiation) et au Collège EEI (L3 Management durable des organisations en alternance à l'IAE).
Une mutation encore plus vaste préfigure déjà la rentrée 2027 : l'instauration de la Licence portail santé (LPS), qui remplacera définitivement les voies PASS et LAS.
Reposant sur un équilibre entre sciences de la santé, discipline principale et bloc transversal, ce système permettra aux étudiants de préparer leur projet dans un environnement de proximité tout en sécurisant leurs réorientations.
« En collaboration avec l’Université de Bordeaux, nous avions déjà mis en place le dispositif PASS/LAS, rappelle le président de l’université paloise. Au niveau national, il n’y aura plus qu’une seule porte d’entrée. L’UPPA est proactive sur cette question car nous voulons développer les études de santé dans notre établissement. Une majorité des étudiants s’installent là où ils ont étudié, c’est donc un enjeu majeur pour notre territoire. Créer une faculté de médecine complète coûte extrêmement cher et n’est pas pertinent dans le paysage régional. Nous privilégions un nouveau modèle de territorialisation, co-construit et soutenable avec l’Université de Bordeaux et les centres hospitaliers de Bordeaux, de Pau et de la Côte Basque. La Licence portail santé est une première étape, mais nous voulons aller encore plus loin. »
Une ambition internationale réaffirmée
Sur le plan international, l’UPPA franchit une étape historique dans le cadre des Masters conjoints Erasmus Mundus. « Jusqu’à présent, l’UPPA était seulement partenaire, explique Laurent Bordes. Aujourd’hui, nous devenons co-coordinateurs de deux projets d'envergure. »
Porté par Gisèle Mendy-Bilek, le projet M-FLEET (3,6 millions d’euros de budget sur 74 mois) formera plus d'une centaine d'étudiants du monde entier à la logistique durable et à la mobilité bas-carbone, aux côtés d'universités en Espagne, Allemagne, Portugal et Croatie.
En parallèle, le projet IBISA (3,9 millions d'euros), porté localement par Corinne Nardin et coordonné par l'Université de Poznań, accueillera des étudiants internationaux en Master Sciences et Génie des Matériaux pour travailler sur les matériaux bio-inspirés.
« Le principe est simple : les étudiants effectuent un semestre d’études dans les universités partenaires, ajoute-t-il. C'est un formidable rayonnement, mais aussi un défi logistique pour l'accueil, le logement et l'accompagnement. »
Concernant les droits d’inscription des étudiants extra-communautaires, l’UPPA maintient fermement son cap en appliquant sa politique d'exonération. Alors que les droits différenciés ne s'appliquent qu'en première année de licence avant une exonération partielle, l'université mobilisera toutes les mesures transitoires pour sécuriser ses étudiants.
Laurent Bordes réaffirme sa vision : « L'accueil international doit reposer sur l'excellence académique et la réciprocité, non sur la seule capacité financière. Nous avons mis en place des commissions d’exonération pour accompagner des situations souvent complexes. Actuellement, nous pouvons exonérer 30 % des effectifs concernés, mais le plafond réglementaire baissera à 25 % en 2027 puis 20 % en 2028. On s’attend à quelques difficultés. »
L'établissement désapprouve une mesure nationale décidée sans concertation, redoutant une rupture de confiance préjudiciable à l'attractivité et à la mobilité de ses propres étudiants.
La qualité de vie étudiante, un défi majeur
Au début du mois de septembre, l'université dénombre 11 074 étudiants inscrits, soit une hausse de 803 usagers par rapport à l'an dernier. Les campus de Pau (5 988 inscrits, +494), Bayonne (2 622 inscrits, +174), Anglet (1 384 inscrits, +147) et Mont-de-Marsan (347 inscrits, +41) progressent tous.
Seul le site de Tarbes enregistre un léger repli (733 inscrits, -53), directement lié à la restructuration des capacités d'accueil en STAPS pour désengorger des classes jusqu'alors surchargées.
Pour soutenir ces effectifs, le volet vie étudiante du COMP, cosigné avec le Crous de Bordeaux-Aquitaine, renforce l'accompagnement au quotidien. L'expérimentation du repas à 1 euro pour tous en est la mesure phare.
« Les premiers chiffres montrent une augmentation de la fréquentation de nos restaurants universitaires d'environ 22 %, avec un pic à +40 % au resto U "La Vague" sur le campus de Pau, se félicite Dominique Froment, directrice générale du Crous de Bordeaux-Aquitaine. C'était un véritable défi logistique sur nos capacités d’accueil, Relevé sans jamais transiger sur la qualité des repas. »
Le logement constitue un autre pilier central. Après l'inauguration récente de 40 logements à Bidart, le Crous fixe un objectif d'ouverture de 450 nouveaux logements à Bayonne, Anglet et Bidart entre 2026 et 2030, parallèlement à la rénovation du parc existant.
En matière de précarité, l’UPPA s’appuie sur ses partenariats avec les Restos du Cœur et la Banque Alimentaire Béarn et Soule pour distribuer denrées et légumes, tout en consolidant son épicerie sociale et ses distributeurs de protections périodiques gratuites.
« Le bien-être de nos étudiants est une priorité absolue, insiste Laurent Bordes. Concernant le handicap, l’université fait évoluer sa doctrine pour passer d’un établissement inclusif à une université universellement accessible. Nous travaillons à la création d’un lieu unique sur le campus de Pau pour regrouper l'accueil et les distributions alimentaires. »
L'accompagnement des étudiants en situation de handicap (ESH) — qui concernait plus de 750 étudiants accompagnés en 2025-2026 — monte également en puissance avec le projet HEPHAESTOS.
L'établissement déploie des "étudiants relais", un pack ESH et un Contrat d'engagement mutuel de réussite. De plus, un Serious Game dédié aux violences sexistes et sexuelles (VSS), au handicap et aux discriminations sera lancé en janvier 2027 pour l'ensemble de la communauté, complétant le dispositif de signalement en ligne déjà actif.
« À terme, l'idée est de bâtir un guichet social unique et un véritable écosystème solidaire », souligne l’équipe administrative de l’université.
Noémie Besnard
Une nouvelle application pour les anciens élèves
L'Université de Pau et des Pays de l'Adour a lancé le 1er septembre 2026 une application mobile baptisée « UPPA Alumni ». L’objectif est de renforcer le lien entre les milliers d’anciens élèves.



N.B
Réagissez à cet article
Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire