Depuis plus d'un siècle, elle veille sur le vivant. Fondée en 1912, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) s'impose comme la doyenne des associations de protection de la faune en France. Mais ne vous fiez pas à son grand âge : sur le terrain, cette organisation déploie une énergie et un dynamisme remarquables pour relever les défis écologiques contemporains.
Son action repose sur un triptyque fondamental : observer et protéger la biodiversité, préserver et gérer les espaces naturels, et mobiliser les citoyens par l'éducation à l'environnement. C'est un travail de titan qui s'organise aussi bien dans l'ombre des laboratoires que dans la lumière des réserves naturelles.
Sur le front de l'urgence écologique, la LPO est en première ligne. L'association pilote et s'implique activement dans huit Plans Nationaux d'Action, ces programmes gouvernementaux cruciaux qui dessinent les plans de sauvetage des espèces les plus menacées du pays. À cela s'ajoutent cinq programmes européens LIFE, de véritables accélérateurs de projets pour la biodiversité à l'échelle du continent.
Mais la protection de la faune ne peut se faire sans terres pour l'accueillir. Véritable gestionnaire de la nature, la LPO veille aujourd'hui sur un trésor de près de 40 000 hectares répartis à travers 30 réserves naturelles nationales et régionales, dont 2 100 hectares lui appartiennent en propre.
Pour que la biodiversité s'invite aussi chez les particuliers, l'association a développé le programme Refuges LPO, un réseau citoyen unique qui compte désormais plus de 62 700 havres de paix pour la faune sur tout le territoire.
Cette force de frappe, la LPO la doit avant tout à sa communauté. Forte de ses 80 000 adhérents et de l'engagement quotidien de 9 000 bénévoles, l'association réussit chaque année le tour de force de sensibiliser près de 400 000 personnes. Une immense chaîne humaine qui prouve, jour après jour, que la protection de la nature est l'affaire de tous.
Responsable de l'association dans les Pyrénées-Atlantiques, Virginie Couanon présente les détails et enjeux de cette mobilisation pour les rapaces nocturnes.
L’appel à projets « Une chouette, un village » a été lancé il y a quelques mois. Quel est l'objectif ?
Virginie Couanon.- L'objectif fondamental est de répondre à la crise du logement que traversent la Chouette effraie et la Chevêche d’Athéna. Ce projet, lauréat de l'appel à projets « Loto de la biodiversité » fin 2024, s'articule autour de trois actions d'envergure nationale et locale. D'abord, nous prévoyons la pose de 3 000 nichoirs répartis dans plus de 60 départements. Ensuite, nous allons créer ou restaurer 10 kilomètres de haies, qui constituent des corridors écologiques et des zones de chasse essentiels. Enfin, le volet humain est crucial : nous allons réaliser 1 500 actions de sensibilisation pour éduquer le public aux enjeux de conservation des rapaces nocturnes. C'est un travail d'équipe immense qui implique quatre délégations territoriales et onze associations locales LPO. De plus, nos bénévoles joueront un rôle scientifique clé en effectuant des suivis de terrain pour constater le retour des chouettes et mesurer l’efficacité réelle de nos installations.
Pourquoi ces deux espèces de rapaces ont-elles aujourd'hui besoin d'un tel plan de sauvetage ?
V. C.- C'est directement lié à l'évolution de nos infrastructures et de nos comportements. Prenez la Chouette effraie : elle niche traditionnellement dans les clochers d'églises, ce qui lui a valu son nom d'Effraie des clochers. Ces édifices étant la propriété des communes, c'est tout naturellement que nous avons ciblé les villages. Malheureusement, pour des raisons de propreté ou de gestion, la grande majorité de ces clochers sont désormais grillagés et fermés pour empêcher les oiseaux d'y pénétrer, ce qui représente une perte immense d'habitats traditionnels. La Chevêche d'Athéna subit le même sort : cette petite chouette dépend étroitement des cavités du vieux bâti et des vieux arbres pour nicher. Avec la rénovation des bâtiments anciens et la disparition du patrimoine rural traditionnel, elle se retrouve sans toit. L'enjeu dépasse le simple abri : ces rapaces jouent un rôle écologique majeur en régulant naturellement les populations de micromammifères. Les aider à nicher, c'est préserver l'équilibre de tout notre écosystème villageois.
Si un habitant de la région souhaite s'engager concrètement à vos côtés, que peut-il faire ?
V. C.- Il existe plusieurs paliers d'engagement, et chacun peut agir à son échelle. La première étape pour soutenir durablement la LPO est de devenir bénévole ou d'adhérer officiellement à l'association. Pour ce qui est du programme « Une chouette, un village », les particuliers peuvent directement participer en installant des nichoirs. Attention toutefois aux spécificités techniques : les nichoirs à Effraie des clochers que nous proposons sont fabriqués dans un bois qui nécessite une installation exclusivement en intérieur. Il faut donc disposer d'un bâtiment adapté, comme une grange, un vieux hangar ou un grand grenier ouvert. Si vous n'avez pas ce type de bâtiment, tout n'est pas perdu : on peut très facilement trouver des plans de construction en ligne pour fabriquer soi-même un nichoir adapté à l'extérieur et le suspendre dans un grand arbre de son jardin. Mais installer un toit ne suffit pas, il faut aussi préserver la ressource alimentaire des rapaces nocturnes, qui consomment essentiellement des rongeurs. L'action la plus importante, accessible à absolument tout le monde, est de bannir définitivement l'utilisation des raticides et des poisons chimiques à la maison et au jardin, afin d'éviter que toute la chaîne alimentaire des rapaces ne soit empoisonnée.
Entre la côte basque, les plaines du Béarn, quels sont les plus grands défis propres à notre département aujourd'hui ?
V. C.- Notre territoire a la chance de posséder une diversité d'habitats naturels exceptionnelle, mais cette richesse cache une grande fragilité. La faune et la flore qui en dépendent sont aujourd'hui soumises à de fortes pressions et menacées dans plusieurs zones. Le premier coupable est l'urbanisation constante, alimentée par la forte attractivité de notre département. À cela s'ajoute une explosion du tourisme, particulièrement visible en zone de montagne depuis la crise du COVID, qui perturbe les milieux naturels. Enfin, les nouvelles orientations agricoles modifient profondément nos paysages et détruisent les habitats des espèces inféodées à ces milieux. Face à ce constat, le plus grand défi ne réside pas seulement dans des actions de restauration, mais dans un changement de mentalité philosophique : nous devons accepter d'avoir des espaces bénéficiant d'une protection forte, laissés en libre évolution, totalement exempts de présence humaine ou de gestion. La nature n'a pas fondamentalement besoin d'être "gérée" par l'homme, elle sait s'autoréguler si on lui en laisse l'espace.
Face aux crises écologiques, quel message positif aimeriez-vous transmettre ?
V. C.- Il ne faut pas se voiler la face : les temps sont particulièrement compliqués pour la Nature, qui subit de plein fouet les multiples atteintes et pressions que l'être humain lui inflige au quotidien. Cependant, le fatalisme n'est pas une solution. Ce que je veux transmettre, c'est la conviction profonde que chaque petit geste mené au niveau local compte réellement. C'est la multiplication de ce type d'actions citoyennes, de ces petits réflexes pour la Nature mis bout à bout, qui permettra d'améliorer concrètement l'existant et d'inverser la tendance. Face à l'urgence, il y aura toujours plus de valeur et d'espoir dans le fait de tenter d'agir, même modestement, plutôt que de choisir de ne rien faire.
Propos recueillis par Noémie Besnard



Emile Barbelette
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