D’un côté, les communes revendiquent leur droit à valoriser et promouvoir le patrimoine que constituent les langues locales. De l’autre, l’État crie au loup en suspectant des arrière-pensées contre la République.
Ainsi, le préfet a saisi le tribunal administratif de Pau pour faire annuler ces délibérations municipales. Le juge des référés les a suspendues ce vendredi, mais l’affaire ne s’arrêtera pas là.
Le représentant de l’État a dénoncé : « une prise de position politique qui s’inscrit dans le contexte général de revendications liées à la reconnaissance du Pays basque ». Il va jusqu’à considérer qu’elle porte « en germe des éléments de fragmentation du peuple français ». Carrément…
Le préfet a mis en avant que ces décisions installeraient un principe d’égalité entre français et langues régionales. Ce qui serait en contradiction avec l’article 2 de la Constitution qui précise : « La langue de la République est le français ». Il estime que Sare et Bayonne sortent de leurs compétences.
En fait, la situation est bloquée depuis des décennies, avec un État schizophrène qui se retranche ainsi derrière la constitution. Ce qui ne l’empêche pas de financer fortement l'Office public de la langue basque qui tente de soutenir une politique visant au sauvetage de l’euskara... dont l'usage s'affaiblit de jour en jour dans la sphère sociale.
Bien entendu, la commune de Sare et son maire, Esteban Barneix, ont réagi en précisant que ces délibérations veulent simplement protéger et pérenniser ces langues locales, en se référant au Code du patrimoine et au Code général des collectivités, ainsi qu’à l’article 75-1 de la Constitution, consacrant les langues régionales comme faisant partie du patrimoine de la France.
Au-delà de la joute technique engagée par l’État contre Sare et Bayonne, il ne faudrait pas oublier que les langues sont essentielles dans l’affirmation de l’identité du territoire et des différentes communes.
Cet épisode sensible, initié par Sare, montre à quel point chaque pas en avant réveille les réflexes centralisateurs. Ce débat/combat est permanent et quelque part épuisant, voire absurde. Il se traduit, par exemple, par l'interdiction pour une commune de financer les murs d'une école en basque ou même de donner 2.000 m2 de terrain pour ce faire. Il faut savoir que, pour recruter des agents publics, la qualité de bascophone ne peut être retenue que pour la création de poste d'un technicien en langue basque.
En attendant, la langue basque reste menacée de disparition, malgré les efforts de nombreuses personnes et organisations qui mènent un combat permanent et remarquable pour préserver ce patrimoine.
Mais alors ? Un péril pour l’existence même du français ? Vraiment ? Un simple coup d’œil de l’autre côté de la frontière, puisque nous avons la chance d’avoir une illustration grandeur nature, nous apporte la réponse pourtant : le castillan (l’espagnol) et le basque cohabitent en tant que langue officielle sans que la langue dominante ne soit menacée le moins du monde.





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