On continue notre exploration des trésors landais, version été. Car oui, entre deux baignades et quelques siestes à l’ombre des pins, les vacances sont aussi l’occasion de s’instruire… sans jamais s’ennuyer. Et s’il y a bien une tradition qui permet de prendre un peu de hauteur, au sens propre comme au figuré, ce sont les échasses. Dans les Landes, elles ne sont pas qu’un folklore de carte postale, elles racontent toute une histoire, celle d’un territoire qui a su s’adapter, évoluer et transmettre.
Des jambes de bois pour dompter les marais
Avant de devenir une attraction estivale, les échasses étaient d’abord un outil du quotidien. Il faut imaginer les Landes d’avant la grande forêt de pins, à savoir un paysage bien différent, composé de landes humides, de marécages et de sols instables. Pas vraiment le terrain idéal pour une promenade pieds nus.
C’est dans ce décor que les bergers landais ont trouvé la parade. Munis de leurs tchanques, ces longues échasses de bois, ils pouvaient se déplacer sans difficulté à travers les zones détrempées. Mieux encore, ils prenaient de la hauteur pour surveiller leurs troupeaux de moutons, gagnant en visibilité et en efficacité.
Ces “jambes” d’un autre genre étaient ingénieusement conçues. Une pièce principale, l’escasse, prolongée par un repose-pied, le paouse pé, permettait de s’élever entre 90 centimètres et plus d’un mètre du sol. Le tout était fixé à la jambe à l’aide de lanières de cuir. Un long bâton complétait l’équipement, servant à la fois d’appui et de balancier. Avec un peu d’entraînement, les bergers parcouraient ainsi de longues distances, presque avec grâce, dans un environnement pourtant loin d'être favorable.
Mais comme souvent, les paysages changent et les usages évoluent. Au milieu du XIXe siècle, un tournant majeur s’opère. Sous l’impulsion de Napoléon III, une vaste politique de boisement transforme les Landes. Les marais sont asséchés, la forêt de pins maritimes s’étend à perte de vue… et les pâturages disparaissent peu à peu.
Avec eux, les troupeaux de moutons se font plus rares, et les bergers sur échasses aussi. Peu à peu, l’usage utilitaire des tchanques s’efface. On pourrait croire alors que cette pratique tombe dans l’oubli. Que nenni !
Car les échasses vont connaître une seconde vie, plus festive cette fois. Les anciens bergers commencent à les utiliser lors des fêtes de village, pour des jeux, des démonstrations et bientôt des danses. Une nouvelle manière de faire vivre ce savoir-faire, en le partageant avec toute la communauté.
C’est ainsi qu’à la fin du XIXe siècle, les premiers groupes d’échassiers apparaissent. En 1889, à Arcachon, Sylvain Dornon fonde l’un des premiers ensembles de danseurs sur échasses. La tradition est lancée, et elle ne cessera plus de se réinventer.
Les échassiers, stars des fêtes landaises
De nos jours, il est difficile d’imaginer une fête locale sans apercevoir, au détour d’une rue ou d’une place, ces silhouettes élancées perchées sur leurs échasses. Vêtus de costumes traditionnels, souvent inspirés de l’habit des bergers, les échassiers attirent tous les regards.
Leur démarche, à la fois assurée et spectaculaire, fascine petits et grands. Ils dansent, défilent, exécutent des figures qui demandent à la fois technique et équilibre. Un véritable spectacle vivant, où la tradition prend de la hauteur et s’offre au public avec une pointe de poésie.
Plusieurs groupes font vivre cet héritage tout au long de l’année, et particulièrement en été. Dans des communes comme Bias ou Biscarrosse, les associations perpétuent cet art avec passion, proposant à la fois des spectacles et des initiations. Car oui, il est possible, même en vacances, de tenter l’expérience.
Une tradition bien ancrée… et toujours en équilibre
Si les échasses ont traversé les siècles, c’est parce qu’elles ont su s’adapter. Aujourd’hui, leur fabrication a évolué, notamment pour répondre aux exigences du spectacle. Des artisans spécialisés conçoivent désormais des modèles plus grands, plus solides, parfois impressionnants, pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur.
Mais malgré ces évolutions, l’essentiel reste le même. Les échasses demeurent un symbole fort des Landes, un lien entre passé et présent, entre travail et fête. Elles rappellent que derrière les paysages actuels se cache une histoire faite d’ingéniosité et de résilience.
Sébastien Soumagnas



Les échassiers landais DR
Réagissez à cet article
Vous devez être connecté(e) pour poster un commentaire