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HISTOIRES D'ICI ET LÀIl y a le ciel, le soleil et la mer. Et François Deguelt

Peu de gens le savent mais il est né à Tarbes. Cet avènement sous le beau ciel des Pyrénées aura tracé un discret mais beau destin…
Photo de François Deguelt

Il y a des gens qu’il faudrait décorer. Pas nécessairement de la Légion d’honneur, que je réserverai exclusivement, quand je serai dictateur, aux héros de guerre et aux zozos louangeurs d’Hanouna, avec reconnaissance de la nation, discours du sous-préfet, flonflons et langues de chat. Quoique j’ajouterai à cette élite un nom, un seul, celui de François Deguelt, pour services rendus à la cause de la chansonnette nationale. En l’occurrence avec un titre, un seul : Il y a le ciel, le soleil et la mer. Un petit chef d’œuvre intemporel, Écoutez si vous en doutez.

Pourtant, les ritournelles sirupeuses, ce n’est pas ce qui manque. De Jo Dassin et son Eté indien peuplé d’aquarelles de Marie Laurencin, à Michel Delpech et sa Laurette où on faisait la fête, en passant par Nino Ferer et son Sud, où c’était pourtant bien, à Christophe et son Aline, dont le doux visage est dessiné sur le sable, et le tsar Aznavour et sa Bohème où tu posais nue. Remarque en passant, ils ne sont plus des nôtres et cela est fort regrettable, vus les moments de petits plaisirs qu’ils nous ont procurés. Tel est aussi le cas de François Deguelt, décédé en toute discrétion il y a huit ans, 81 ans après être né à Tarbes, raison pour laquelle nous l’évoquons dans cette rubrique.

Quoique tout petiot, le voici suivant ses parents à Barbezieux puis à Paris, où il côtoie sur les bancs du lycée Sacha Distel, autre disparu à siruperies divertissantes. La Sorbonne l’accueille ensuite le jour, car le soir, il se produit sur les planches en chantant Coquette et Vie quotidienne, que tout le monde a oubliées.  Sur les conseils d’Henri Salvador et de Félix Leclerc, qui l’ont entendu sur la scène du cabaret Le tire-bouchon, il laisse tomber la philo pour la chanson, est repéré par Jean Nohain qui l’embauche pour son émission Reine d’un jour. Un sacré concept que voilà : une auditrice de Radio Luxembourg est prise à son domicile le matin, amenée chez Dior et Chanel essayer des tenues qu’elle ne saurait s’acheter de toute une vie, suivi d’un déjeuner chez Maxim’s, d’un petit tour dans une galerie d’art en présence du maître, un thé/macarons chez Ladurée et retour à son ordinaire, le soir venu, un bouquet de fleurs à la main. Des souvenirs à la pelle pour l’heureuse élue, une émission qu’on jugerait sordide aujourd’hui et un Deguelt au micro pour susurrer des chansons d’amour à l’élue du jour. Parce qu’amour rime avec toujours.

François Deguelt vaut heureusement mieux que ça. Détenteur du prix de l’Académie Charles Cros en 1956, du prix du Coq d’or de la Chanson française, il passe en vedette à l’ABC, Bobino et l‘Olympia et participe à deux reprises au Concours Eurovision de la chanson, pour le compte de la principauté de Monaco. Mauvaises pioches, puisqu’il est la première fois battu par le Tom Pillibi de Jacqueline Boyer, puis par Un premier amour, interprété par Isabelle Aubret. Pas grave, car le succès lui sourit enfin, avec Le ciel, le soleil et la mer, dont on causait plus haut. Il en vendra plus de 100 000, chiffre rarement atteint à l’époque.

Mais l’homme est discret, pas vraiment calibré pour faire le beau à la télé, malgré un joli ton de voix. Après un dernier succès, Le bal de la marine, en 1968, il se retire vers Rambouillet, puis séjourne à La Réunion, Rodrigues, Madagascar et Maurice, ainsi que dans les Caraïbes. La voile devient son domaine et son horizon, à la barre de son voilier de neuf tonnes, Nectos III. Et puis ? Et puis c’est tout, à part un spectacle qu’il a composé et joué, J’ai la mémoire qui chante, lors du Printemps des poètes à la Sorbonne, en 2006. Lors de son décès, seuls du monde du spectacle, Nicole Rieu et Michel Orso l’accompagnent, et les médias en feront beaucoup moins que pour Elvis ou Michael Jackson.

Ainsi que vous le constatez, Tarbes n’a été qu’une virgule dans sa vie, mais l’envie nous a pris de saluer ce garçon simple et talentueux. Maintenant, reprenons tous en chœur : Il y a le ciel, le soleil et la mer…

Dominique Padovani

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