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IPARRALDE 2040Un horizon commun entre transmission et transformation

Avec cette démarche, acteurs institutionnels, socio-économiques et associatifs ont ouvert un temps long de réflexion collective pour imaginer le Pays basque Nord de demain.
Celles et ceux qui font battre le cœur du territoire ont adopté « Iparralde 2040 : Bideari ekin ».
Matiu Bordato DR
Démographie, logement, économie, langue, environnement : autant de lignes de force mises en débat pour préparer l’avenir sans renoncer à l’identité.
Iparralde n’est pas qu’un espace géographique, c’est un projet de société
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Vous le savez tous, les fins d'années sont souvent synonymes de bilans, de statistiques et autres résultats, pour faire le point sur les objectifs décidés en début d'exercice. C'est ainsi qu'après deux années de dur labeur, le Conseil de développement du Pays basque (CDPB) a adopté le 13 décembre dernier « Iparralde 2040 : Bideari ekin », un manifeste d'une trentaine de pages, qui détaille les différentes mesures politiques ou territoriales pour les 15 années à venir.

Depuis 30 ans, le CDPB (ou Garapen Kontseilua, pour les bascophones) œuvre à donner de la voix à celles et ceux qui font battre le cœur du territoire. Une instance atypique, sans pouvoirs institutionnels mais avec une mission de taille : faire entendre la société civile dans les grandes orientations du territoire.

Ainsi, le document Iparralde 2040 part de ce constat simple : le Pays basque nord est engagé dans des mutations profondes, à la fois démographiques, sociales, économiques et culturelles. Ces évolutions, déjà visibles, dessinent un futur qui se construit dès aujourd’hui, parfois sans que l’on en mesure toutes les conséquences.

La démarche ne cherche pas à prédire l’avenir. Elle propose au contraire de comprendre les trajectoires possibles, d’identifier les tensions, les fragilités mais aussi les ressources propres au territoire. Une façon de dire que demain ne tombe pas du ciel : il se fabrique, collectivement.

La place de l’euskara, la transmission culturelle, les liens entre générations et entre espaces urbains et ruraux sont au centre des discussions
Matiu Bordato DR

Iparralde, attractif… mais à quel prix ?

Le document met en lumière l’attractivité croissante d’Iparralde. Une attractivité qui nourrit le dynamisme économique, culturel et social, mais qui engendre aussi des déséquilibres. Pression foncière, difficultés d’accès au logement, tensions sur les services publics : l’avenir du territoire se joue aussi dans sa capacité à rester vivable pour celles et ceux qui y habitent déjà.

La question n’est pas nouvelle, mais elle prend ici une dimension prospective. Comment accueillir sans exclure ? Comment rester ouvert sans perdre ses équilibres ? Iparralde 2040 invite à regarder ces enjeux en face.

Au fil des pages, une idée revient comme un leitmotiv : Iparralde n’est pas qu’un espace géographique, c’est un projet de société. Un territoire façonné par l’histoire, la langue, les pratiques culturelles et les solidarités locales. La démarche insiste sur la nécessité de renforcer ce « faire territoire » dans un contexte de transformations rapides.

La place de l’euskara, la transmission culturelle, les liens entre générations et entre espaces urbains et ruraux sont autant de fils rouges qui traversent le document. Le futur ne se pense pas hors-sol : il s’ancre dans ce qui relie, dans ce qui fait sens commun.

Le manifeste est une base de discussion pour alimenter le débat public
Matiu Bordato DR

Entre développement et préservation


Le document d'Iparralde 2040 assume la complexité. Il montre que le développement économique, la transition écologique et la cohésion sociale ne vont pas toujours de pair spontanément. Ils nécessitent des arbitrages, des choix, parfois des renoncements.

Le territoire est présenté comme un espace de possibles, mais aussi de limites. Préserver les ressources naturelles, maîtriser l’artificialisation, accompagner les transitions sans casser les dynamiques locales : autant de défis posés sans solution clé en main, mais avec une volonté claire de responsabilité collective.

L’un des apports majeurs d’Iparralde 2040 réside dans sa méthode. Le document est le fruit d’un travail collectif, nourri par des regards multiples. Il ne s’agit pas d’un schéma figé, mais d’une base de discussion, d’un socle commun pour alimenter le débat public.

Cette pluralité assumée fait écho à la quintessence du Pays basque : un territoire où la parole circule, où les désaccords existent, mais où le dialogue reste une valeur cardinale. Ici, pas de recette miracle, mais une invitation à construire ensemble, dans le temps long.

2040 comme point d’horizon

Pourquoi 2040 ? Le document rappelle que cette date n’est ni une échéance administrative ni un aboutissement. Elle sert de point d’horizon, suffisamment éloigné pour sortir de l’urgence, suffisamment proche pour rester concret. Un repère, en somme, pour penser l’avenir sans le confisquer.

Iparralde 2040 se présente ainsi comme un outil d’aide à la décision, mais aussi comme un support de mobilisation. Il appelle à l’engagement des acteurs publics, économiques, associatifs et citoyens. Parce que le futur du Pays basque nord ne se décrète pas : il se partage.

"Penser demain pour agir aujourd’hui" pourrait résumer l’esprit du document. Iparralde 2040 ne cherche pas à figer une vision unique, mais à ouvrir un chemin. Un chemin exigeant, parfois inconfortable, mais nécessaire pour que le territoire continue d’avancer sans se perdre.

Entre modernité et transmission, ouverture et enracinement, Iparralde est invité à tenir sa ligne, comme on tient un cap face au vent. Le regard porté vers 2040 n’est pas un exercice de style : c’est une manière de prendre soin du territoire, de ses habitants et de ce qui les relie.


Sébastien Soumagnas

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