Il aura donc fallu pas moins de vingt ans pour que le Miel des Landes obtienne son passeport européen. Le 15 octobre 2026, la Commission européenne a officiellement enregistré cette dénomination en indication géographique protégée (IGP), consacrant une démarche engagée dès 2006 par des apiculteurs désireux de faire reconnaître l’origine et les particularités de leurs récoltes.
Pour la filière, cette décision est une étape importante, mais cependant pas une fin en soi. Le logo européen doit désormais devenir un repère pour les consommateurs et un outil de valorisation pour les producteurs. Car dans les rayons comme sur les marchés, une question revient régulièrement : d’où vient réellement le miel que l’on achète ?
Lénaïc Lecrenais, apiculteur à Pontenx-les-Forges, résume l’enjeu : « Cette demande d’enregistrement en IGP de la dénomination “Miel des Landes” est une vraie bonne nouvelle pour le consommateur. Il garantit l’origine, la qualité et reconnaît un savoir-faire dont la notoriété remonte au 19ème siècle, dans un contexte où il nous est régulièrement demandé d’où viennent nos miels et si ce sont bien les nôtres. Ce projet représente pour nous une marque de confiance vis-à-vis de nos consommateurs. »
Vingt ans pour faire reconnaître le terroir
L’histoire de cette IGP a vu le jour en 2006 mais le dossier est officiellement déposé en décembre 2019, puis le cahier des charges est homologué au niveau national en août 2023. Et il faudra encore attendre trois ans pour obtenir la reconnaissance européenne. Entre-temps, la démarche a eu besoin de répondre à plusieurs critères, comme de définir précisément le territoire concerné, les caractéristiques des miels et les conditions permettant de les commercialiser sous cette dénomination.
Porté par le Syndicat des Miels des Landes, reconnu comme organisme de défense et de gestion, le projet repose sur l’identité du miel qui ne tient pas seulement au nom du département. Effectivement, elle est liée à un environnement naturel, aux floraisons successives et aux pratiques apicoles.
L’aire géographique retenue dépasse ainsi les limites administratives des Landes. Elle couvre le département, mais aussi quelques communes de Gironde et du Lot-et-Garonne. Ce territoire, caractérisé notamment par ses sols et ses ressources florales, s’étend du sud des Landes vers la pointe du Médoc et jusqu’aux abords de Nérac.
L’IGP distingue donc sept catégories de miel, à savoir l’acacia, la bourdaine, le châtaignier, la bruyère cendrée, la callune, l’arbousier et les fleurs des Landes. Des profils qui varient selon les floraisons, les saisons et les ressources butinées par les abeilles. En revanche, les miels issus de cultures comme le colza ou le tournesol ne peuvent pas être commercialisés sous cette dénomination.
Un logo pour ne plus butiner dans le flou
Dans un marché où les consommateurs s’interrogent sur la provenance des produits, l’IGP doit apporter une garantie identifiable. Entre 2010 et 2020, les volumes de miel importés en France ont augmenté de 14,7 %, selon les données de FranceAgriMer citées par le syndicat. Des problèmes d’adultération, de mélanges ou d’étiquetage ont également été signalés sur le marché. De quoi instiller des doutes chez les acheteurs, même si ces constats ne signifient pas que tous les miels importés sont concernés.
L’utilisation de la dénomination « Miel des Landes » sera désormais réservée aux opérateurs engagés dans la démarche et respectant son cahier des charges. Chaque lot doit pouvoir être tracé, tandis que les producteurs sont soumis à des contrôles réalisés par un organisme certificateur indépendant. L’IGP ne s’applique donc pas automatiquement à tous les miels récoltés dans le département, chaque producteur est libre d'y adhérer.
Les premiers pots portant le logo jaune et bleu sont annoncés à partir du 4 novembre. Une échéance concrète pour cette reconnaissance, qui devra maintenant gagner en visibilité auprès du public, des commerces et de la restauration.
La valeur ajoutée reste à récolter
Et c'est en effet là que se joue la prochaine étape. L’IGP protège un nom et garantit une origine encadrée, mais elle ne garantit pas automatiquement une hausse du prix de vente. La valorisation dépendra de la notoriété du marquage, de la demande, des circuits de distribution et de la capacité des apiculteurs à faire reconnaître la spécificité de leur production.
La démarche implique aussi d'autres exigences, à savoir la traçabilité, les contrôles, les analyses et le temps administratif. Pour mesurer les retombées réelles, il faudra donc connaître le nombre de producteurs engagés, les volumes effectivement commercialisés sous IGP et les coûts supportés par les exploitations. La production sur l’aire géographique représente environ 400 tonnes, dont près d’un tiers serait issu d’apiculteurs engagés dans la démarche, selon des données rapportées par nos confrères du Sillon.
Le contexte rend l’enjeu d’autant plus important que les professionnels doivent composer avec les difficultés de production, les aléas climatiques et en particulier les conséquences des incendies de l’été dernier. Leurs effets varient en fonction des secteurs et des ruchers.
Ainsi, après deux décennies de mobilisation, les apiculteurs ont donc franchi une étape majeure. Le Miel des Landes dispose désormais d’un signe officiel pour défendre son origine et son savoir-faire. Reste à faire vivre cette reconnaissance, à convaincre de nouveaux producteurs de rejoindre la démarche et à donner au logo une place durable dans les habitudes d’achat. C'est désormais pour la filière, le véritable travail de valorisation qui commence.
Sébastien Soumagnas



Miel des Landes DR

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