Deux fois par an, le baromètre économique de la CCI de Bayonne Pays Basque est publié. Et concernant le deuxième semestre de cette année 2026, le moteur économique basque tourne moins rond. La demande ralentit, les carnets de commandes se vident et les marges s’érodent. Dans son baromètre publié en octobre, la CCI Bayonne Pays Basque remarque une activité en repli, dont les répercussions se font sentir sur les comptes des entreprises comme sur leur capacité à envisager l'avenir. Toutefois, les dirigeants ne baissent pas les bras, restant majoritairement confiants dans la pérennité de leur propre société, même si leur regard à l'égard de l’économie nationale et mondiale est bien plus sombre.
Effectivement, l’enquête de conjoncture, réalisée du 3 au 8 juillet dernier auprès de 217 entreprises du Pays Basque, révèle une difficulté devenue centrale. « La baisse de la demande s’impose désormais comme la première difficulté des entreprises », souligne André Garreta, président de la CCI Bayonne Pays Basque. Une réalité qui pèse sur l’ensemble du tissu économique, avec des conséquences variables selon les secteurs.
Des commandes en baisse, des marges sous pression
Au premier semestre, 42 % des entreprises interrogées constatent un recul de leurs carnets de commandes alors qu'elles étaient entre 25 et 30 % à faire ce constat lors des semestres précédents. La fréquentation des clients diminue pour 37 % d’entre elles, contre 25 % un an plus tôt. Le chiffre d’affaires suit la même tendance avec 37 % des dirigeants déclarant une dégradation de leur activité, contre 25 % au premier semestre 2025. Seuls 23 % voient leurs ventes progresser.
Les conséquences vont bien au-delà de la seule baisse des recettes. Les marges se contractent pour 34 % des entreprises et les tensions sur la trésorerie persistent, notamment en raison de délais de paiement défavorables. Dans ce contexte, maintenir les équilibres financiers devient un exercice délicat, qui oblige les dirigeants à jongler entre dépenses courantes, rémunération, emploi et investissements.
« Les équilibres financiers se fragilisent », constate André Garreta. L’inflation demeure une préoccupation pour 23 % des entreprises, tandis que le poids des charges est cité par 20 % des répondants. La hausse du carburant inquiète 17 % des dirigeants et celle des matières premières, 15 %.
L’industrie, le commerce et le BTP en zone de turbulences
Si tous les secteurs ne subissent pas le ralentissement de la même manière, toutes les entreprises sont plus ou moins touchées. Dans l’industrie, 41 % des sociétés signalent une baisse des commandes et 38 % une dégradation de leur chiffre d’affaires. La hausse des coûts de l’énergie et des matières premières rogne les marges, laissant les industriels prudents quant à leurs perspectives.
La construction peine, elle aussi, à retrouver une demande suffisante. Près d’une entreprise sur deux constate une dégradation de ses marges, sans pouvoir nécessairement répercuter ses coûts sur ses prix de vente. Les tensions sur les ressources humaines persistent, alors que les investissements réalisés sont inférieurs à ceux du semestre précédent.
Pour le commerce, la situation est particulièrement préoccupante, surtout pour les trésoreries avec 39 % des entreprises du secteur qui font état d’une dégradation. Le commerce de centre-ville ressort plus fragile que celui de la périphérie, avec une fréquentation et des ventes en recul. Quant aux services, ils résistent davantage sur le plan financier, même si leurs carnets de commandes se contractent. Concernant les cafés, hôtels, restaurants et entreprises du tourisme, ils pâtissent des choix des ménages sur leurs dépenses affectées aux loisirs.
Créations d’entreprises : le solde passe dans le rouge
Un autre signal de vigilance est à noter, à savoir la dynamique entrepreneuriale qui se dégrade. Les immatriculations poursuivent leur progression, avec 2 114 créations au premier semestre, soit une hausse de 15 % par rapport à la même période de 2025. Mais les radiations augmentent beaucoup plus rapidement : 2 282 entreprises ont disparu des registres, soit 44 % de plus en un an.
Le territoire affiche ainsi un solde négatif de 168 entreprises, alors qu’il enregistrait un solde positif de 256 au premier semestre 2025 et de 730 en 2024. Cette situation, inédite depuis trois ans, s’accompagne d’une hausse de 11 % des ouvertures de procédures collectives, qui atteignent 197 sur la période étudiée.
L’emploi montre également quelques signes de faiblesse. Au deuxième trimestre 2026, les effectifs salariés du secteur privé reculent de 0,6 % sur un an dans la Communauté d’agglomération Pays Basque. Les baisses dans les services, la construction et le commerce ne sont pas compensées par la progression de l’industrie et des cafés-hôtels-restaurants. De même, le taux de chômage de la zone d’emploi de Bayonne remonte à 6,3 %, tout en restant toutefois inférieur aux niveaux régional et national.
La confiance résiste, mais...
Le tableau n’est pourtant pas complètement sombre. En effet, malgré les difficultés, 23 % des entreprises ont investi au premier semestre, davantage que les 18 % qui l’envisageaient. Ce maintien de l’effort témoigne d’une volonté manifeste de préparer l’avenir, même lorsque la conjoncture tend à surveiller chaque dépense.
La suite de l’année s’annonce néanmoins plus prudente car seules 16 % des entreprises prévoient d’investir au second semestre. L’incertitude sur les commandes, la trésorerie et les marges incite à reporter certains projets. La priorité sera plutôt de consolider les comptes, de fidéliser la clientèle et de préserver les capacités d’action.
Et c’est justement là que se profile le principal paradoxe du baromètre. Si seuls 20 % des dirigeants se disent confiants dans l’avenir de l’économie française et 19 % dans celui de l’économie mondiale, ils sont 71 % à croire en la pérennité de leur propre entreprise. « Les entreprises croient encore dans leurs savoir-faire, leurs équipes et leur capacité à s’adapter, mais elles manquent de visibilité sur leur environnement », résume André Garreta.
Pour le président de la CCI, les prochains mois seront déterminants. Préserver la trésorerie, consolider les marges, fidéliser les clients et maintenir les investissements constitueront les principaux défis des entreprises basques. L’esprit d’entreprendre reste bien présent, mais il devra désormais composer avec une conjoncture qui laisse peu de place à l’improvisation.
Sébastien Soumagnas



CCI Bayonne PB DR

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