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TALENTGeorgette Dupouy, peintre dacquoise d’une vérité éclatante

L’artiste s’est éteinte en 1992, laissant une œuvre exceptionnelle de sincérité et d’indépendance, aux inspirations multiples. À découvrir. Absolument.
TALENT - Georgette Dupouy, peintre dacquoise d’une vérité éclatante
Les fruits du jardin (1955)
Landaise d’adoption, par son mariage, cette femme de caractère s’est toujours refusée à rentrer dans le système du monde de la peinture. Ce qui explique qu’elle soit restée peu connue, malgré son immense et atypique talent.

Georgette Dupouy a toujours laissé libre court à son instinct, à sa sensibilité et à ses émotions, à son enthousiasme. Sa force est d’abord venue de son tempérament, « un ouragan diablement sympathique » disait l’académicien égyptien Taha-Hussein. Mais aussi, d’avoir su préserver, toute sa vie, la pureté d’une autodidacte, avec une remarquable simplicité et une si belle sincérité. « Quelle étonnante personnalité ! » dira d’elle Maurice Utrillo, tombé sous le charme de son talent.
 
L’Académie internationale des Arts – Musée Georgette Dupouy, présidée par Serge Dom Pedro Gillot, a réalisé un travail considérable pour valoriser l’œuvre de l’artiste et faire connaître cette femme d’une vérité rare. Avec près de 2.000 toiles chez des collectionneurs du monde entier, elle fait partie des peintres les plus prolifiques de son époque.
 
Paysages, portraits, natures mortes, marines, intérieurs, fêtes foraines, jardins féeriques avec le sens du décor propre aux femmes peintres… l’artiste installée au Domaine À Guillon à Dax, « traite le monde qui l’entoure sans artifice, avec réalisme, authenticité, sans prendre de liberté qui risquerait de l’écarter de ce qu’elle voit, de ce qu’elle ressent. La seule liberté qu’elle semble prendre, c’est de laisser libre court à son instinct, à sa sensibilité, à ses émotions. Tout cela nous a donné un vrai peintre » écrivait le critique d’art Jean Bouret en 1949.
 

Portrait de Maurice Utrillo (1952)

L’indépendance sera donc son fil rouge. Que ce soit vis-à-vis de sa famille et de son mari, qui voulut l’éloigner de la peinture et même lui interdire, ou que ce soit par rapport au milieu de l’art, des contrats, des galeries, des académies, des marchands et imprésarios. Un tournant important viendra de sa rencontre avec Berthe Massaux, en 1942, une mécène Belge réfugiée à Saint-Jean-de-Luz. En relation avec plusieurs artistes, elle aida Georgette Dupouy à franchir un cap dans la liberté de son expression.
 
Cette indépendance va de pair avec le courage de la Dacquoise, notamment pour affronter ce monde de la peinture où la femme n’avait alors pas sa place. Elle rencontra également un allié, Maurice Utrillo qui l’encouragea en lui révélant « qu’elle avait la peinture d'un homme et qu’elle peignait comme Valadon ».

Le fait de n’avoir pas eu d’enfant restera un traumatisme qui s’est ressenti dans ses œuvres, à travers notamment de nombreux portraits d’enfants, de clowns ou encore de fêtes foraines. 

Georgette Dupouy rappelait régulièrement qu’elle « avait toujours dessiné ». Au-delà de ses premiers croquis en 1924, elle a ensuite exploité ce talent pour concevoir et structurer ses toiles. Comme le souligne Serge Dom Pedro Gillot, « cette maîtrise lui permet de “croquer” facilement et rapidement les sujets qu’elle veut traiter. Il lui suffit d’avoir un coup de coeur pour un paysage, un visage, un objet, une fleur, pour qu’elle construise son tableau en fonction de ses émotions du moment, sans oublier d'annoter les couleurs qui disait-elle “changeaient d’un instant à l’autre”, lui créant ainsi la difficulté du “Vrai” : transmette ce qu’elle ressentait ».

La peintre accumulait ainsi les croquis réalisés dans chaque instant : une conversation, une expression reflet d’une âme, un voyage, une situation… Ce qui lui permettait ensuite de réaliser son œuvre dans le calme de son atelier landais, À Guillon. « Elle exécute ainsi dans les années 1970 des oeuvres d’après des croquis des années 40, 50 et 60, toujours sous l’emprise de l’humeur du moment, du vague à l’âme ou du souvenir » précise le président de L’Académie internationale des Arts – Musée Georgette Dupouy.
 
L’artiste landaise a noué des dialogues avec différents peintres, dont Maurice Utrillo, qu’elle a reçu à plusieurs reprises ou qu’elle rencontrait au Splendid à Dax, évoluant beaucoup à son contact.

Mademoiselle D. La landaise au chapeau (1955)

Bernard Dorival, ancien conservateur en chef du Musée national d’art moderne, notait que Georgette Dupouy « a été vraie, absolument vraie, vraie d'une vérité qu'atteste toute sa peinture et qui en fait le prix ». Quant à Maurice Bedel, membre de l’Académie Goncourt, il a exprimé un avis très éclairant : « Votre peinture est saine et splendide. Vous êtes un phénomène de rapidité, d'acuité, de sensibilité, vous serez un des plus grands noms de l'époque faisant suite aux plus grands noms de la peinture, vous faites un apport à la tradition. Seulement, partout où vous serez dans les groupes, on vous éliminera, vous leur faites peur par votre franchise, vous êtes dangereuse, vous leur montrez leur nullité et leur fausseté par le système. Mais c'est vous qui vaincrez, prenez patience. »
 
De son côté, le critique d'art Gabriel Mandel fait son éloge dans La pittura Francese (1955) : « L'impression de sérénité et d'équilibre, unie à l'exubérance des couleurs vives et harmonieuses, confère à ses toiles un charme et une élégance qui les placent parmi les meilleures de la peinture contemporaine française ».
 

Serge Dom Pedro Gillot apporte une vision de la période 1935-1949, permettant de mieux lire dans ses peintures. « Georgette Dupouy travaille par couches successives, donnant de l’épaisseur à sa pâte en créant un effet de volume. Il en résulte un très beau glacis. Entre chaque couche, il y a un vernis à retoucher, ce qui lui permet de piéger la lumière en créant des teintes lumineuses et de la profondeur ; on pense parfois à l’éclat de l’émail ! Prenons un visage, le fond est toujours sobre et sombre, le visage est lumineux. “C’est la lumière intérieure disait-elle”. Il en est de même pour ses bouquets et ses natures mortes à qui elle voulait donner l’éclat d’une immortalité. Pour les paysages, les masses sont aussi prises par la lumière. Georgette Dupouy piège donc la lumière dans la pâte comme si elle voulait voir le spectateur dans le noir face à sa propre lumière et à sa magie ».

« A partir des années cinquante, les couleurs éclatent, ce sont les teintes Van-Gogh. Georgette Dupouy se sert de longues touches caressantes mais épaisses. Elles sont plus instinctives, plus puissantes malgré cet effet de caresse, le dessin moins académique, moins expressif. Pour le cerne noir elle suit les conseils de Nicolas Eckman. Elle donne à ses fonds une impression d’aplat, mais simplement une impression, car Georgette Dupouy fait elle-même ses teintes. Elle disait souvent “une couleur pure n’existe pas”. A l’étude des palettes l’on perçoit la création de ses oranges, de ses bleus, de ses verts, de ses rouges. Du noir, Georgette Dupouy disait que pour bien le réussir il faut 7 teintes, c’est au peintre à les découvrir ».
 
Pour sen savoir plus sur Georgette Dupouy et ses œuvres, rendez-vous sur le site internet.
 
Vous pouvez également visiter le Musée Georgette Dupouy, place du Présidial à Dax, entre la Fontaine Chaude et la Cathédrale. Il est ouvert du lundi au samedi de 14h à 18h, le dimanche de 15h à 18h.

Biographie en bref

Georgette Yvonne Guillon, née le 8 septembre 1901 à Paris, s’est éteinte le 13 avril 1992 à Dax.
 
En 1921, elle épouse le Dacquois Etienne Dupouy à la suite d’un arrangement négocié par sa mère, devenue veuve. Quatorze ans plus tard, Georgette et son mari s’installent à Dax, au Domaine “A Guillon”, quartier Saubagnacq.
 
Elle n’installera son atelier sur la propriété que 7 ans plus tard, en 1942, s’affranchissant ainsi de la volonté de son époux de la tenir éloignée de la peinture. C’est sa rencontre avec Berthe Massaux qui lui a permis de sauter le pas.
 
En 1943, elle réalise ses premières expositions à Bordeaux et à la Galerie Prunetti à Dax. Maurice Utrillo découve alors son talent et se rapproche de Georgette Dupouy.
 
Sa carrière est lancée, avec des temps forts majeurs : exposition chez Bernheim-Jeune à Paris (1949) ; exposition à la Leicester Gallery de Londres (1953) ; participation à la Biennale de Sao Paulo au Brésil aux côtés de Picasso, Dali, Miro (1954)…

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