Dans la zone industrielle de Soustons, certaines entreprises travaillent loin des projecteurs mais tout près de nos vies quotidiennes. La Société Nouvelle Caulonque est l'une d'elles. Ici, pas de produits directement exposés en vitrine, mais des outils essentiels à leur fabrication, à savoir des moules de haute précision qui donnent naissance à une multitude d’emballages que chacun manipule sans y penser. Une industrie de l’ombre, en quelque sorte, mais dont l’empreinte est partout.
« À Soustons, j’ai visité une pépite industrielle landaise : la Société Nouvelle Caulonque », confie Cyril Gayssot, visiblement marqué par sa visite. « Une entreprise discrète, mais bluffante. » Le ton est donné. Derrière la sobriété des bâtiments se cache une mécanique bien huilée, où chaque détail compte et où la précision se mesure parfois au micron.
Dans le moule de l’excellence technique
Depuis plus de soixante ans, l’entreprise a su affiner son savoir-faire. Fondée en 1960 par Louis Caulonque, puis structurée en 1995 sous sa forme actuelle, elle s’est progressivement imposée comme un acteur incontournable de la plasturgie. Aujourd’hui, une équipe d’une quarantaine de collaborateurs y conçoit, développe et fabrique des moules sur mesure destinés à des productions de grande série.
Le processus industriel, lui, ne laisse rien au hasard. De la conception en 3D à l’étude complète des moules, en passant par leur fabrication dans un atelier climatisé et les essais en conditions réelles, chaque étape est maîtrisée. « Derrière ses murs, on découvre un niveau de maîtrise impressionnant : moules d’injection plastique, bureau d’études, robotisation, centre d’usinage 5 axes, précision au micron, export, clients exigeants, innovation permanente », détaille Cyril Gayssot. Une chaîne de production où la rigueur est la règle et l’exigence une constante.
Certains moules, pesant plusieurs tonnes, témoignent de cette technicité poussée à son paroxysme. Ils sont destinés à produire pots, barquettes ou gobelets pour des marques bien connues, preuve que cette entreprise landaise joue dans la cour des grands.
Une usine ancrée dans son territoire
Si la technologie est omniprésente, elle ne se fait pas au détriment de l’ancrage local. Bien au contraire. « Bref, une vraie usine 4.0. Pas dans les discours. Dans les faits », insiste Cyril Gayssot. L’entreprise conjugue modernité industrielle et enracinement territorial, un équilibre souvent difficile à atteindre.
Depuis la reprise par Stéphane Rousseau en 2019, une nouvelle dynamique s’est enclenchée. Investissements, agrandissement, perspectives d’emplois : l’entreprise ne cesse de se transformer pour rester dans le moule… tout en le réinventant. « Depuis sa reprise par Stéphane Rousseau, l’entreprise investit, se développe, reste ancrée à Soustons et prépare l’avenir : 3,5 M€ d’investissement, agrandissement de l’usine, emplois à venir, projet de centre de formation en plasturgie avec l’ENSAM Bordeaux », souligne-t-il.
Une trajectoire qui illustre concrètement les enjeux de la réindustrialisation. « On parle souvent de réindustrialisation. À Soustons, elle se construit déjà », observe Cyril Gayssot. Une réalité dans un territoire où l’industrie continue de peser fortement dans l’économie locale.
Une industrie qui se réinvente sans se déformer
Longtemps critiquée, la plasturgie est aujourd’hui en pleine mutation. La Société Nouvelle Caulonque en est un exemple probant. Parce qu'au-delà de produire, elle s’inscrit dans une démarche de responsabilité et d’innovation. Réduction de la matière utilisée, optimisation des procédés, amélioration de la recyclabilité, autant de leviers activés pour limiter l’impact environnemental.
« J’ai aussi été marqué par cette vision très concrète d’une industrie responsable : moderniser les outils, réduire les déchets, valoriser les copeaux d’usinage, améliorer les process, sans jamais oublier les femmes et les hommes qui font vivre l’entreprise », insiste Cyril Gayssot. Une approche pragmatique, loin des discours formatés, qui montre que l’industrie peut évoluer sans perdre sa substance.
Cette capacité d’adaptation passe aussi par la diversification, notamment vers des secteurs exigeants comme le médical, où la précision et la fiabilité sont essentielles.
Avec une large part de sa production tournée vers l’export, l’entreprise dépasse largement les frontières régionales. Pourtant, elle reste profondément attachée à son territoire. Une dualité qui reflète l’identité industrielle des Landes. « Les Landes sont une terre historique d’industrie : bois, papier, agroalimentaire, plasturgie, mécanique, matériaux, innovation productive », rappelle Cyril Gayssot. Et d’ajouter : « Cette histoire ne se regarde pas avec nostalgie. Elle se poursuit. Elle se modernise. Elle s’invente. »
Dans une conjoncture loin d'être favorable, où l’industrie française a vu sa part se réduire au fil des décennies, certaines entreprises continuent de tracer leur sillon. « En quarante ans, la part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée française est passée de 24 % à 10 % », souligne-t-il, avant de relativiser : « Dans les Landes, l'industrie manufacturière pèse 17 % de l'économie départementale. »
Une bataille industrielle toujours en cours
Au-delà des chiffres, c’est une vision qui se profile. Celle d’une industrie locale, performante et humaine. « Ce que j’ai vu ce matin, c’est exactement ce dont notre pays a besoin : de l’industrie locale, intelligente, exigeante, humaine, enracinée », résume Cyril Gayssot.
Une conviction qui fait écho à une phrase restée célèbre : « Feu Henri Emmanuelli disait que “l'industrie, c’est la bataille de l'avant”. Il avait raison. » Et cette bataille, dans les Landes « ne se commente pas seulement : elle se mène. »
Sébastien Soumagnas






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