Des élèves de CM2, sur quatre générations, ont eu l’occasion d’avoir comme exercice la même dictée, de 67 mots au total, ne présentant aucune difficulté insurmontable. La voici, afin que vous en jugiez : « Le soir tombait. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés. « Les gamins se sont certainement perdus – dit maman -. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison. Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vus ! » Aussitôt dit, aussitôt fait ! À ce moment, le chien se mit à aboyer. »
Atrocement compliqué, n’est-il pas ? Encore qu’on cherche en vain les mots chrysanthème, dialyse, pilule, onomatopée, hypophyse, imbécillité, dilemme, étymologie, on en passe et de plus relevés. On est à des années lumières des dictées de Pivot (auxquelles deux des rédacteurs de PresseLib’ avaient en leur temps participé, accédant en finale, respect à eux).
Donc, venons-en aux résultats : sur ce texte commun, la génération de 1987 faisait 10,7 fautes. Celle de 2007 : 14,7 ; de 2015 : 18 et de 2021 : 19,4… Et 27 % des examinés ont commis plus de 25 erreurs (contre 7 % en 1987). C’est l’orthographe grammaticale (les règles d’accord entre le sujet et le verbe, accords dans le groupe nominal, accords du participe passsé) qui constitue la source principale de difficultés. Eloquent !
Cette baisse de niveau est perceptible dès la fin de l’école primaire, celle sensée apporter à nos marmots les bases. Après, au collège et au lycée, l’orthographe n’est plus enseignée, quoiqu’encore évaluée au collège par une dictée. Avant de disparaître à jamais au lycée et de laisser la place au langage SMS, aux mots raccourcis et au correcteur automatique, ne nécessitant ni mémoire ni effort. LOL et MDR.
Il est vrai que le linguiste Alain Bentolila avait tiré la sonnette d’alarme, dès 2015, en dénonçant que le niveau de vocabulaire des jeunes Français tombait en piqué. « 10 % de la population ne maîtrise que 400 à 500 mots », contre 5 000 en moyenne pour la majorité des Français. Et comme l’oral précède l’écrit, on obtient ces résultats indécents dans ce type de dictée.
Il n’appartient pas à l’humble chroniqueur que je suis de proposer des solutions. Les éducateurs, les enseignants, voire les politiques sont en principe là pour ça. Tout au plus peut-on relever que le budget de formation continue moyen par enseignant est de 87 euros annuels, une somme assez dérisoire, alors que la diminution des effectifs de profs (350 000 professeurs des écoles), due à la baisse du nombre d’enfants, devrait permettre d’augmenter l’encadrement. Et le niveau d’enseignement. Car s’il y a une volonté, il y a un chemin.
Ainsi le prouva notre voisin allemand, très mal placé au classement Pisa (une initiative de l’OCDE) qui évalue tous les trois ans les connaissances des élèves de 15 ans. Devant le constat, Berlin décida de réformer en profondeur son système éducatif, avec succès. Idem pour l’Angleterre de Tony Blair, dans les années 90, qui avait imposé une heure de lecture quotidienne et recruté des professeurs « sur profil », dotés en début de carrière d’une prime appréciable. Alors que chez nous, la rémunération de nos profs est bien plus faible en début d’exercice.
Et la France ? vous demandez-vous. Elle se situe dans la moyenne du Pisa, en 22ème position en lecture, un rang honorable, type moyen plus, en tout cas sans rapport avec son titre de septième puissance mondiale. Avec une certitude : la stagnation française prouve que le niveau des plus faibles élèves a encore baissé.
Ainsi que le disait il y a longtemps Bernard Pivot : « Sans tomber dans la nostalgie, il faut essayer d’avoir le respect de son temps. Et le respect de son temps passe par le respect des mots. » Pas mieux.
Dominique Padovani
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