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Teréga : le gaz sous contrôle, comment ça marche ?

Questions-réponses avec Dominique Mockly, président et directeur général de Teréga, l’opérateur béarnais, spécialisé dans le transport et le stockage.
Teréga accélère l’arrivée de gaz par l’Espagne
La guerre en Ukraine a placé la question de l’approvisionnement en gaz au cœur de l’actualité. C’est l’occasion de mieux comprendre la situation et d’identifier les grands défis pour demain.

Y a t-il un risque avec les menaces sur le gaz russe ?
Dominique Mockly –
A ce jour, la situation est sous contrôle au niveau de l’approvisionnement en France. D’une part parce que le gaz russe ne représente que 17% de nos importations et d’autre part parce que la France a des stocks importants. Le système gazier européen est à la fois diversifié et largement fiabilisé. En revanche, la forte tension sur le marché fait flamber les prix de l’énergie.

Justement, comment est organisé l’approvisionnement ?
D. M. –
Il est composé de trois briques. D’abord, les grands réseaux de canalisations qui acheminent le gaz naturel en provenance de Norvège (40% de l’approvisionnement), de Russie (17%), d’Algérie (via l’Espagne), des Pays-Bas (8%), etc. Deuxième brique, les terminaux qui reçoivent les méthaniers avec du gaz naturel liquéfié. Ils sont nombreux : en France, nous en avons 4, il y en a 7 en Espagne, etc. Leur construction a été volontairement poussée par l’UE dans le Sud de l’Europe pour faciliter une décongestion des approvisionnements en cas de crise.

Unité de méthanisation.

La troisième composante ?
D. M. –
Ce sont les différents stockages. Ils permettent d’alimenter les territoires en gaz, notamment pendant les périodes de pointe, quand le réseau logistique est insuffisant. Les grandes canalisations internationales sont volontairement, pour des raisons de coûts, sous-dimensionnées pour amener tout le gaz dont on aurait besoin dans ces moments-là. Il faut savoir que, l’hiver, la consommation de gaz peut être multipliée par 9 par rapport à celle de l’été. D’où l’importance d’avoir des stockages qui puissent prendre le relais pour alimenter les territoires.

Et le biogaz ?
D. M. –
Grâce à la transition écologique à l'œuvre depuis plusieurs années déjà, nous disposons désormais de gaz vert, des biogaz produits pas des unités de biométhane réparties dans les territoires. Ces gaz représentent en moyenne 1% de la consommation actuelle. Cependant en période estivale, dans le Grand Sud-Ouest, cette part grimpe jusqu’à 7%, ce qui est déjà significatif. L’objectif est que la part du biogaz atteigne au moins 10% en 2030. Puis qu’elle poursuive sa progression jusqu’en 2040/2050, pour représenter l’essentiel du gaz consommé sur nos territoires et produit localement.

L'une des deux inteconnexions avec l'Espagne passe par Larrau.

Pourquoi est-ce que l’hiver prochain pourrait être compliqué ?
D. M. –
L’hiver se passe bien parce qu’il n’y a pas de grands froids, que le gaz arrive normalement et que les stockages sont suffisamment remplis pour répondre à la demande actuelle. Mais pour les remplir, il faut acheminer des quantités de gaz très importantes, par les réseaux, pendant l’été. C’est tout l’enjeu des prochains mois. Pourquoi est-ce compliqué ? Parce que, si en hiver on fait en sorte que 100% du réseau soit disponible pour la consommation, pendant l’été on doit réaliser des maintenances qui réduisent d’autant les capacités de transit. Nous allons donc veiller à ce que la planification des travaux, prévus dans les prochains mois, n’ait pas trop d’impact sur les besoins de remplissage des stockages.

Actuellement, où en est le niveau des stocks ?
D. M. -
En Europe, le taux de remplissage est de 28% et en France de 22%. Pour les sites de Teréga, à Lussagnet dans les Landes et à Izaute dans le Gers, il est de 24%. Pour mémoire, nos stockages quand ils sont complètement remplis représentent un an de consommation annuelle sur la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie. Ils permettent donc d’alimenter d’autres territoires, au cours de l’hiver.

L’approvisionnement via l’Espagne est stratégique ?
D. M. –
Absolument, et il va falloir faire évoluer cet approvisionnement parce que les grandes canalisations entre l’Espagne et la France sont limitées et ne permettent pas de remonter massivement le gaz vers le Nord. En fait, nous n’avons que deux interconnexions : celles qui passent par le col de Larrau et par Biriatou. On avait envisagé d’en faire une troisième du côté de la Catalogne, pour sécuriser l’approvisionnement, mais elle a été mise en attente.

La crise actuelle peut-elle changer la donne ?
D. M. –
Elle peut accélérer les choses. L’Espagne a déjà souligné que, dans le cadre des futures interconnexions nécessaires pour déployer l’hydrogène, il faudrait également reposer la question de celles concernant le gaz. Avec la crise actuelle, nous devons en profiter pour reposer les bases de ce qui permet de faciliter la sécurité d’approvisionnement dans les différentes molécules de demain, à l'échelle européenne. Que ce soit le gaz, l’hydrogène, ou encore le CO2.

Comme limiter les risques ?
D. M. -
Dans mon premier livre, j’expliquais que la gestion des risques est l’une des clés du succès de nos économies, en évitant notamment de reposer sur des solutions uniques. C’est aussi ce que je souligne dans « La mondialisation décompressée » (lire notre dernier article, cliquez ici). Dans les chaînes d’approvisionnement aujourd’hui, nous sommes très dépendants de quelques sources. Il suffit d’une problématique logistique, d’une problématique géostratégique ou encore d’une pandémie pour, tout à coup, voir des ruptures apparaître dans nos modes de fonctionnement.

Quelles solutions ?
D. M. -
C’est comme dans les entreprises, le développement doit se construire avec d’une part ses propres capacités et d’autre part des partenaires. Si vous essayez de faire tout seul, en fait vous n’y arrivez pas. Mais dans l’économie d’aujourd’hui les niveaux de dépendance sont devenus trop importants. En effet, les choses peuvent changer très vite. Des phénomènes que l’on ne maîtrise pas peuvent se produire, les deux dernières années en sont la preuve. Un facteur clé pour les entreprises comme pour nos sociétés de demain, c’est d’être ouvert sur le monde mais aussi plus résilient localement. Il faut être capable de mieux anticiper, mais aussi de gérer en continu les risques potentiels. Cela passe par une analyse profonde, décomplexée des risques existants et potentiels.

Le site de stockage de gaz à Lussagnet

Dans votre livre, vous parliez aussi de flexibilité…
D. M. –
C’est l’autre facteur clé de succès. Il s’agit d’être capable d’ajuster en continu la manière dont on s’organise ou dont on fait face au marché. En tant qu’entreprise, on est toujours surpris par tout ce que la compétition peut générer et par ce que la concurrence peut imaginer. Il faut être prêt, en tous cas, à s’adapter en permanence, à redéployer assez vite des équipes et des technologies, à revoir notre approche du marché pour pouvoir répondre, dans la bonne direction. Les technologies à notre disposition font évoluer les choses très rapidement. Donc, si on n’est pas capable de bouger vite, de changer de posture très rapidement, on devient fragile.

Pour revenir sur les prix du gaz, votre avis ?
D. M. -
En période de tension, il y a nécessairement des craintes sur le marché qui font que les prix ont tendance à grimper. Ce qui est potentiellement rare est cher. Avant la crise ukrainienne, le prix du gaz était déjà assez haut, à plus de 70 euros du mégawattheure. Dans les premiers jours du conflit, il a bondi à 100 euros, avant de redescendre à 90 euros ; il vient de dépasser les 200 euros. Tant que cette crise durera, il est fort probable que le mix énergétique, c'est-à-dire le gaz comme l’électricité, reste à un niveau de prix élevés. Il peut aussi baisser rapidement dès que le conflit prendra fin.

Le réseau des canalisations de Teréga.

Une note optimiste pour finir ?
D. M. –
Un vœu : que cette grave crise ukrainienne soit l’occasion de relancer une dynamique autour du biométhane. Le développement de cette production a été freiné parce que certains se demandaient si c’était la bonne solution ou pas. Evidemment, il faut investir dans le biométhane : il participe à la sécurité d’approvisionnement de demain et renforce nos territoires.

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