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ICI, ON PRODUIT LA VIEKollect Tech transforme les toilettes en filière d’avenir

Patrick Astruc construit une vision depuis Biarritz. En collectant et valorisant localement les urines et matières organiques, son entreprise participe à l’émergence d’emplois non délocalisables et d’une économie circulaire ancrée au Pays Basque.
Patrick Astruc récompensé par la French Tech Pays Basque
Kollect Tech DR
Kollect Tech s’inscrit pleinement dans le mouvement inédit que PresseLib’ Pays Basque a initié : « ICI, on produit la vie », pour mettre en avant chaque mercredi les femmes et les hommes qui produisent ICI et qui produisent ainsi de la vie ICI.

Chaque jour, sans même y penser, nous tirons la chasse. Un geste banal, universel, presque invisible… et pourtant lourd de conséquences. En France, près de 20 % de l’eau potable consommée dans un foyer part littéralement dans les toilettes, alors même que la ressource se raréfie et que les stations d’épuration peinent à suivre. Et si ce réflexe quotidien, profondément ancré dans nos modes de vie, devenait au contraire un levier de transition écologique, de résilience territoriale et de production locale ? C’est précisément ce pari audacieux qu’a fait Kollect Tech, entreprise née et développée au Pays Basque, en réinventant de fond en comble notre rapport aux toilettes.

Concepteur et loueur de toilettes sèches nouvelle génération, design, autonomes et sans eau, Kollect Tech bouscule les idées reçues et change l’image d’un équipement longtemps cantonné à la contrainte. Derrière l’innovation technologique se dessine une ambition bien plus large : économiser l’eau potable, réduire la pollution, valoriser les matières organiques et structurer une véritable filière locale autour de la collecte séparative des urines. Un projet profondément ancré dans son territoire, pensé pour les usages intensifs comme les festivals, chantiers, espaces publics, et porté par une vision claire : produire ici, pour faire vivre ici.

À travers le parcours et la parole de Patrick Astruc, son fondateur, Kollect Tech illustre concrètement ce que signifie aujourd’hui « produire la vie » au Pays Basque.

Rencontre...

Kollect Tech DR

« Produire la vie ici », comment cette expression résonne-t-elle pour vous qui transformez un besoin quotidien en ressource d'avenir ?
Patrick Astruc : Pour moi, produire la vie ici, c'est accepter de regarder en face ce qui fait réellement vivre un territoire : l'eau, la terre, l'alimentation... et aussi ce qu'on en fait après usage. Les toilettes sont un geste quotidien, universel, mais on a oublié qu'elles pouvaient être une ressource. Avec Kollect Tech, on transforme un déchet en fertilité, un gaspillage en cycle. Produire la vie ici, c'est refermer des boucles locales plutôt que d'envoyer nos ressources se perdre ailleurs.

En quoi ce territoire est-il favorable pour innover, expérimenter et produire différemment ?
P. A. : Le Pays Basque est un territoire très concret, très ancré. Ici, on ne théorise pas longtemps : on teste, on ajuste, on fait. Il y a une culture de la terre, de l'agriculture, de l'eau, mais aussi une vraie capacité à coopérer entre acteurs très différents. Kollect Tech n'aurait pas pu naître sans ce lien direct entre collectivités, agriculteurs, associations, événements culturels. C'est un territoire où l'innovation a du sens parce qu'elle répond à des besoins locaux.

Pour changer l'image des toilettes sèches, pourquoi est-il important de réconcilier innovation technologique, confort d'usage et écologie ?
P. A. : Parce que tant qu'on les associera à l'inconfort, à la contrainte ou au bricolage, on restera dans une niche. Or les enjeux sont massifs : eau potable, pollution, résilience. J'ai voulu démontrer qu'on pouvait concilier technologie, confort d'usage et écologie, sans demander aux gens de faire des efforts permanents. Si on veut toucher le plus grand nombre, il faut des solutions désirables, pas seulement vertueuses.

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Votre solution permet d'économiser l'eau potable, de réduire la pollution et de valoriser les matières. Est-ce aussi une nouvelle manière de redonner du sens à la production locale ?
P. A. : Oui, complètement. Aujourd'hui, on prélève de l'eau potable pour évacuer des nutriments dont l'agriculture manque. C'est un non-sens industriel. Revaloriser l'urine localement, c'est relier l'usage quotidien des habitants à la fertilité des sols voisins. La production locale, ce n'est pas seulement fabriquer des objets, c'est organiser des flux intelligents entre besoins humains et ressources naturelles.

Kollect Tech revendique un "Made in Pays Basque". Qu'est-ce que cela implique en termes d'emplois, de compétences et de retombées économiques ?
P. A. : Cela veut dire des emplois non délocalisables, des compétences techniques, de la maintenance, de la logistique, de l'ingénierie. Mais aussi des partenariats locaux : fabricants, installateurs, agriculteurs. La valeur créée reste ici, et elle circule. Ce n'est pas un label marketing, c'est une responsabilité économique et sociale vis-à-vis du territoire.

On part d'un geste humain très simple et on revient à l'alimentation
Kollect Tech DR

Vous travaillez avec des festivals, des collectivités, des chantiers du BTP, mais aussi avec le monde agricole. Est-ce ainsi que vous imaginez les emplois de production de demain : transversaux et ancrés dans des besoins très concrets ?
P. A. : Oui, clairement. Les métiers cloisonnés ont vécu. Aujourd'hui, on croise l'événementiel, l'agriculture, l'assainissement, la technologie, la pédagogie. Les emplois de demain seront hybrides, utiles, reliés à des besoins réels. Chez Kollect Tech, on ne produit pas juste une toilette : on participe à une filière, à une vision systémique.

La création d'une filière avec la Chambre d'agriculture du Pays Basque marque une étape importante. En quoi cette démarche illustre-t-elle une économie réellement circulaire et locale ?
P. A. : Parce qu'elle est locale, traçable et cohérente. L'urine est collectée sur le territoire, stockée, puis épandue sur des cultures locales, notamment de l'orge destinée à la bière. On part d'un geste humain très simple, et on revient à l'alimentation. C'est une économie circulaire au sens strict : sans greenwashing, sans transport inutile, sans rupture de sens.

Quels sont les principaux freins au développement de solutions innovantes de production, pourtant utiles sur les plans écologique, social et économique ?
P. A. : Le premier frein est culturel : la peur du changement et des sujets tabous. Ensuite, il y a l'inertie réglementaire et économique de systèmes conçus pour le tout-à-l'égout. Enfin, le financement : les solutions utiles mais disruptives peinent à trouver leur place face à des modèles plus polluants mais bien installés. Pourtant, les bénéfices écologiques, sociaux et économiques sont évidents.
Au sujet du troisième frein (financement), cette année, il y a une nouveauté concernant l'aide de l'agence de l'eau. En effet, cette dernière peut subventionner l'installation de toilettes sèches jusqu'à 70% auprès des collectivités et des particuliers. Kollect tech se chargera d'accompagner les structures ou personnes intéressées et de collecter l'urine pour ainsi la revaloriser.

Produite aujourd'hui, c'est inventer des solutions nouvelles à partir de besoins fondamentaux
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Un message pour les jeunes générations, souvent éloignées des métiers de production ? Que leur diriez-vous pour leur donner envie de s'engager dans ce type d'aventure entrepreneuriale ?
P. A. : Je leur dirais qu'il est possible de faire des métiers utiles, concrets, alignés avec leurs valeurs, sans renoncer à l'innovation ni à l'ambition. Produire, aujourd'hui, ce n'est pas revenir en arrière : c'est inventer des solutions nouvelles à partir de besoins fondamentaux. Et il y a énormément de place pour celles et ceux qui veulent avoir un impact réel.

Que vous inspire la rubrique « Ici, on produit la vie », et pourquoi est-il essentiel que des entrepreneurs basques prennent la parole pour montrer que produire ici, c'est aussi préparer l'avenir du territoire ?
P. A. : Elle est essentielle. Elle remet la production au cœur du récit collectif, loin des clichés. Produire ici, ce n'est pas se replier, c'est au contraire préparer l'avenir du territoire : sa résilience, son autonomie, son attractivité. Que des entrepreneurs du Pays Basque prennent la parole, c'est montrer qu'on peut être à la fois ancré localement et pertinent face aux enjeux globaux.

Une actualité particulière à signaler ?
P. A. : Oui, nous lançons une levée de financement et recherchons des partenaires stratégiques pour être à la hauteur de l'enjeu environnemental, économique et social.

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À travers Kollect Tech, c’est toute une autre manière de penser la production qui se dessine : plus locale, plus circulaire, plus connectée aux besoins essentiels des territoires. En transformant un geste quotidien en ressource d’avenir, l’entreprise montre que l’innovation ne se niche pas uniquement dans le numérique ou les grandes infrastructures, mais aussi dans des objets du quotidien, dès lors qu’ils sont repensés avec cohérence, exigence et ancrage territorial. Une démonstration concrète que les emplois de production ont encore beaucoup à offrir au Pays Basque, à condition de les regarder autrement.

Dans un contexte de tensions sur l’eau, l’énergie et les matières premières, Kollect Tech rappelle une évidence trop souvent oubliée : sans production, il n’y a pas de vie durable. En s’appuyant sur des savoir-faire locaux, des partenariats agricoles, des collectivités et des événements culturels, l’entreprise participe à la renaissance d’un pays de production, ici et maintenant. Une dynamique qui résonne pleinement avec l’esprit de cette rubrique : donner la parole à celles et ceux qui, par leur audace et leur engagement, montrent que produire ici, c’est déjà préparer l’avenir.

Propos recueillis par Sébastien Soumagnas

ICI, on produit la vie

Désormais, chaque mercredi, vous retrouverez cette rubrique : un rendez-vous hebdomadaire inédit pour défendre les métiers de production. Des témoignages, des reportages, des interviews, des dossiers permettront de porter cette CAUSE majeure, pour la faire avancer.

À lire, les premiers articles de cette rubrique

Un défi majeur à relever ensemble…

Plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui produisent au Pays Basque montrent la voie. On pense souvent à quelques fleurons industriels, à des grands groupes, mais une multitude de femmes et d’hommes font partie de l’aventure production, avec des structures de toutes tailles. Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Tous méritent d’être encouragés.
 
A travers cette rubrique « ICI, on produit la vie », PresseLib’ veut animer une communauté, en favorisant des solidarités, en encourageant la partage d’expériences, en incitant aux transmissions, en faisant bouger les lignes, en faisant émerger des solutions nouvelles… Bref, en créant une dynamique inédite.

Participez !
Ce nouveau rendez-vous est celui d’une communauté, engagée pour défendre et valoriser les emplois de production.

Rejoignez le mouvement ! 

Vous êtes un acteur de la production locale ? Faîtes-vous connaître en envoyant un message à redaction@presselib.com

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