Réduire la taille de sa poubelle. Faire pousser la biodiversité. Créer de l’emploi local. À première vue, ces objectifs peuvent sembler éloignés les uns des autres. Pourtant, c’est précisément le pari de BioclimaKit, une jeune entreprise fondée en 2021 par Nicolas Sénié, à Urrugne au Pays Basque. Ici, le compostage n’est pas seulement une solution écologique : c’est un point d’entrée vers un autre mode de vie, une autre façon de produire et de consommer.
Ancien ingénieur qualité chez Décathlon, Nicolas Sénié profite du confinement pour poser un constat simple mais implacable. Les objectifs climatiques sont là, les chiffres aussi. En moyenne, un Français émet près de 9,5 tonnes de CO₂ par an, alors qu’il faudrait descendre à 2 tonnes d’ici 2050 pour respecter les engagements de l’Accord de Paris. Face à l’ampleur du défi, beaucoup se sentent démunis. Lui choisit l’action.
« Je suis convaincu qu’un geste simple et quotidien peut avoir un impact environnemental et sociétal fort », explique-t-il. Ce geste, ce sera le compostage.
Le compostage comme porte d’entrée de la transition
Chez BioclimaKit, le compost n’est ni une contrainte ni un gadget. C’est un outil pédagogique, concret, immédiatement utile. Pour BioclimaKit, l’angle d’attaque est clair : mettre en action les citoyens grâce au compostage, un geste à l’utilité directe et quotidienne. Réduire ses déchets, éviter les transports inutiles de biodéchets, produire un amendement naturel pour les sols : le cercle vertueux est évident.
Encore fallait-il dépasser l’image peu glamour du compost. BioclimaKit relève le défi en concevant des solutions en bois, sobres, esthétiques, pensées pour s’intégrer dans les jardins, les cours d’école, les entreprises ou l’espace public. Des objets utiles, mais aussi désirables. « Le compostage n’a pas une image très glamour… c’est pourquoi nous voulons donner envie de le faire, et pour ça, nous avons décidé de le rendre beau et de l’intégrer au cœur de nos modes de vie », résume Nicolas Sénié.
Implantée à Urrugne, BioclimaKit revendique un ancrage territorial fort. Un choix assumé, presque évident pour son fondateur. « Produire ici, c’est avant tout une évidence personnelle : c’est là que je vis. Je voulais créer une activité sur mon territoire, là où je suis ancré au quotidien. »
Cette logique irrigue l’ensemble du projet. « BioclimaKit s’inscrit dans un écosystème local, avec des partenaires, des fournisseurs et des acteurs du territoire », poursuit-il. Bois français, poteries issues du versant basque espagnol, conception low-tech : chaque décision est passée au filtre de la cohérence écologique et territoriale.
« Pour moi, il y a une cohérence à vouloir être acteur de la transition écologique avec un produit utile, comme le compostage, et à le fabriquer localement, avec des matières premières sourcées ici et des personnes qui vivent ici », insiste Nicolas Sénié. « La transition écologique n’a de sens que si elle est aussi sociale et territoriale. »
Produire autrement, avec et pour les autres
Mais produire localement ne va pas de soi, surtout dans un secteur à faible valeur ajoutée. Nicolas Sénié ne l’élude pas. « Les bacs composteurs sont des produits à faible valeur ajoutée. Pour dégager des marges dans ce secteur, la plupart des acteurs s’appuient sur de la main-d’œuvre subventionnée, en ESAT, en milieu carcéral ou en réinsertion. »
Un modèle qu’il assume également, en lui donnant un sens profond. « J’ai fait ce choix moi aussi, et aujourd’hui je travaille avec l’association Ekloz, à Pau, qui accompagne des chômeurs de longue durée. Ce sont eux qui fabriquent l’ensemble de nos produits et assurent les livraisons. »
Derrière chaque composteur BioclimaKit, il y a donc bien plus qu’un objet. Il y a des emplois, des parcours de réinsertion, un tissu humain qui se reconstruit.
Créer et pérenniser des emplois de production à taille humaine reste pourtant un combat quotidien. « Le principal frein, c’est la question de la main-d’œuvre. C’est un problème structurel du Made in France », analyse le dirigeant. Produire localement implique des coûts incompressibles. « Fabriquer en France implique de proposer des produits à forte valeur ajoutée, capables de dégager des marges suffisantes pour rémunérer correctement le travail humain, qui reste la ressource principale… et la plus coûteuse. »
Pour autant, BioclimaKit continue de tracer son sillon, convaincue que l’avenir passe par une relocalisation intelligente et choisie. « Le véritable défi des prochaines années, c’est d’aligner nos modes de consommation avec nos modes de production. Plus tout fonctionne en circuit court, mieux c’est. »
Le rôle clé des collectivités
Dans cette équation, la commande publique joue un rôle central. Nicolas Sénié en appelle clairement aux décideurs. « Il est essentiel que les collectivités continuent d’intégrer des clauses sociales et environnementales dans leurs appels d’offres. » Mais pas seulement. « Il faut surtout que ces critères pèsent réellement dans la notation. Aujourd’hui, le prix compte encore pour 50 à 60 % de la pondération, quand l’impact sociétal ne représente que 5 ou 10 %. »
Un déséquilibre qu’il juge contre-productif. « Une collectivité doit évidemment tenir son budget, mais elle a aussi un rôle à jouer pour faire vivre l’écosystème local. »
Côté aides publiques, le regard est nuancé. « Les aides financières existent, et j’en ai bénéficié localement, notamment via des concours. Le tissu territorial est plutôt dynamique, à condition de beaucoup s’accrocher. » Mais l’enjeu est ailleurs. « L’enjeu n’est pas de mettre les entreprises sous perfusion. Ce qui compte, c’est l’accompagnement dans la durée. »
Les dispositifs de pépinières sont, selon lui, efficaces dans les premières phases. « J’ai démarré à Lanazia, à Ascain. Cela m’a permis d’avoir un bureau, des conseils et d’accueillir mes premiers alternants dans de bonnes conditions. » Le moment critique arrive plus tard. « Le vrai cap difficile, c’est de dépasser les trois ans, quand il faut trouver son marché et sortir de la phase d’expérimentation. »
Produire la vie, concrètement
Aujourd’hui, BioclimaKit incarne pleinement l’esprit de la rubrique « ICI, on produit la vie ». Une entreprise à taille humaine, ancrée dans son territoire, qui montre que la production locale n’est pas un vestige du passé, mais un levier d’avenir.
« Le compostage est à la portée de tous, dans les entreprises comme dans les institutions. Il suffit de le décider, en sachant que des solutions locales existent », rappelle Nicolas Sénié. Et d’ajouter, comme une conclusion engagée : « Acheter un composteur BioclimaKit, c’est aussi soutenir concrètement une structure comme Ekloz, engagée dans la réinsertion sociale. C’est faire vivre un tissu local. D’une certaine manière, c’est presque un geste militant. »
Ici, produire la vie n’est pas un slogan. C’est un choix. Un engagement. Et un travail quotidien, fait de bois, de compost… et d’humain.
Sébastien Soumagnas
ICI, on produit la vie
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Un défi majeur à relever ensemble…
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